«Blade Runner»: On croisera peut-être des réplicants en 2049, certainement pas en 2019

I.A. «Blade Runner 2049» sort ce mercredi en salle…

Laure Beaudonnet

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Blade Runner 2049 - Illustration

Blade Runner 2049 - Illustration — LILO/SIPA

  • Denis Villeneuve s’est plongé dans la mythologie de Philip K. Dick avec Blade Runner 2049.
  • Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est encore très loin des réplicants décrits dans le film.
  • Enseigner le sens commun à la machine est le prochain grand chantier.

De quoi les androïdes rêvent-ils ? Les réplicants, des robots à l’apparence humaine créés par Tyrell Corporation, reviennent sur nos écrans ce mercredi avec Blade Runner 2049 et vont tenter de répondre à cette question. Denis Villeneuve (Premier contact,Prisoners) plonge dans la mythologie de Philip K. Dick avec des êtres que plus rien ne distingue de l’homme. Ils ont l’apparence humaine, l’intelligence, les émotions et bien d’autres choses qu’on ne vous dévoilera pas pour ne pas gâcher le plaisir…

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Mais alors que la technologie ne cesse de faire des progrès sur le terrain de l’intelligence artificielle (IA), va-t-on bientôt croiser un réplicant dans la rue ? Certainement pas en 2019 [l’année où est censée se dérouler l’action de la version de 1982 signée par Ridley Scott], soyez-en sûrs.

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Le problème du sens commun

Si, aujourd’hui, les avancées de l’IA sont considérables, on est encore très loin des capacités du personnage campé par Ryan Gosling. Emettre un jugement, tomber amoureux, créer des souvenirs, on n’y est pas du tout. On a développé des nouveaux types d’algorithmes, des réseaux neuronaux artificiels qui permettent d’apprendre beaucoup plus vite. Les capacités cognitives (visuelles, textuelles) de la machine vont créer des interfaces intelligentes, des nouveaux services intelligents. Par exemple, Microsoft a développé un outil de reconnaissance vocale pour McDrive qui fait moins d’erreurs qu’une personne humaine dans la prise de commande. Airbus Defense and Space utilise des modèles de machine learning pour écarter les nuages de ses clichés satellites. L’IA est souvent plus performante que l’homme, mais oubliez les fantasmes agités par les transhumanistes et Elon Musk, elle n’a pas grand-chose de l’homme.

Les machines savent reconnaître les voix, les animaux sur une photo et même les émotions faciales. Mais, là où l’humain va se dire dès l’âge de trois ou quatre ans qu’une voiture doit rouler sur une route ou qu’un avion vole dans le ciel, elles en seront incapables. De même, elles seront bien embêtées si on leur demande de donner la signification d’un sourire (heureux, sardonique…). En gros, « on est passé d’une maturité cognitive d’un nouveau-né à celle d’un enfant de cinq ans », souligne Thomas Kerjean, directeur de la division Cloud chez Microsoft. C’est un début.

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Pour l’heure, le « synth » doté de la conscience de soi décrit dans la série Humans, le réplicant capable de pleurer ou l’assistant personnel avec qui on discuterait de la pluie et du beau temps, ce sont des fictions. Le plus gros chantier concerne l’art de converser et l’enseignement du sens commun. « Quand je parle de Pompéi, ce n’est pas une ville au hasard, il y a un énorme contexte derrière, mais ça ne veut pas dire que je veux avoir toute l’histoire de Pompéi », explique Antoine Bordes, directeur de FAIR (Facebook AI Research) Paris lors d’un dîner informel organisé fin septembre. Et ça, la machine n’y arrive pas. Tout comme s’adapter au niveau de connaissance de son interlocuteur. Le problème le plus compliqué est la partie raisonnement, la réponse aux questions. Siri suit un script - à cette question, il va donner cette réponse- alors qu’un dialogue est évolutif. Le champ des possibles est énorme.

L’IA augmentera l’homme, elle ne le remplacera pas

« Le niveau d’intelligence des machines est encore très élémentaire, même si elles ont une intelligence supérieure dans des domaines très pointus, comme jouer au go », indique Yann LeCun, directeur de Facebook AI Research (FAIR), à ce même dîner parisien, avant d’illustrer son propos par une blague. « Si l’intelligence était un gâteau, l’apprentissage non-supervisé où on apprend des choses sur le monde serait la génoise, l’apprentissage supervisé [on montre des milliers d’images à la machine] serait le glaçage et l’apprentissage par renforcement [on lui dit seulement si la réponse est correcte] serait la cerise sur le gâteau. Nous savons faire le glaçage et la cerise, mais nous ne savons pas faire le gâteau », plaisante ce pionnier du deep learning. « On est un peu dans la même position que les physiciens : la matière qu’on connaît représente 5 % de l’univers, et le reste on n’en sait rien, conclut-il.

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L’intelligence artificielle, à ce stade, n’a pas vocation à remplacer l’humain, mais à l’augmenter. « C’est un bout de cerveau en plus qui permet de comprendre mieux certaines choses », reprend Thomas Kerjean. Dans le domaine de la médecine, elle aide à mieux détecter certaines maladies comme le cancer et rétinopathie diabétique.

La recherche fondamentale ne va pas pondre une machine de l’intelligence de l’humain demain (ni même après-demain, a priori). Vous n’allez pas croiser un androïde capable de rêver de moutons électriques dans un futur proche, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles.