• Google Home est une enceinte connectée pour la maison vendue 149 euros.
  • L'assistant de Google parle désormais français.
  • Google espère prendre de l'avance en attendant l'arrivée en France d'Alexa d'Amazon et les réponses d'Apple et de Microsoft.

De notre correspondant aux Etats-Unis,

C’est vite devenu un rituel matinal. Mettre l’eau à bouillir, insérer des toasts dans le grille-pain, laisser sortir le chien et lancer « Hey Google, good morning ! » à la petite enceinte qui trône sur le comptoir de la cuisine. « Hi, Philippe. Il est 7h28 et il fait beau à Sacramento. Aujourd’hui, il va faire 39°. Tu as un élément dans ton agenda : interview avec Roomba à 11h00. Voici les derniers titres de l’actualité… »

Au début, ça fait un peu bizarre. Mais chez soi, converser avec la machine devient bien plus naturel qu’en public. Surtout qu’avec les micros multidirectionnels, pas besoin de hurler. Même avec un accent français, la reconnaissance vocale a fait d’immenses progrès et on ne prend pas l’assistant en grippe. Voici notre expérience au quotidien, après deux mois d’utilisation.

« Je suis désolé… »

« Ok Google, rappelle-moi de payer mon PV de stationnement d’ici la semaine prochaine. » « Je suis désolé, je ne supporte pas encore les pense-bêtes. » « Quand démarre The Defenders sur Netflix ? » « Je suis désolé, les programmes télé ne sont pas encore intégrés. » S’excuser, l’assistant le fait souvent. Certaines fonctions, pourtant disponibles sur smartphone, n’ont pas toujours pas été activées sur Home. Et on pourrait penser que Google est plus doué que ça pour trouver une info sur le Web.

Bon, ce n’est pas tout, mais il est 19h45. « Hey Google, j’ai faim. » L’assistant liste le nom et l’adresse de restaurants voisins. Sans écran, c’est tout sauf pratique. « Passe-moi le bot de Dominos. » Cette fois, la voix est masculine. « Bonjour, je suis Dom, vous voulez passer une nouvelle commande ? » L’interaction, qui dure plusieurs minutes, est pénible, le temps de trouver la franchise la plus proche et de lister chaque élément de la garniture. Il est toutefois possible de commander « la même chose que la dernière fois » en express. Dans l’absolu, un smartphone va tout aussi vite. Mais parfois, notamment quand on cuisine, lancer le timer sans devoir sortir son téléphone est un vrai plus. Bientôt, il sera même possible – aux Etats-Unis et au Canada – de passer un coup de fil avec Home.

Big Brother dans le salon

Avec ses lignes inoffensives, Home se fond dans la déco, à tel point qu’on oublierait presque qu’on a un Big Brother dans le salon. La charte d’utilisation précise que l’enceinte écoute « de brefs extraits de conversation […] de quelques secondes » pour détecter le mot-clé. Ces enregistrements sont ensuite effacés « et aucune information ne sort de l’appareil ».

En revanche, si « OK Google » est détecté, « les voyants en haut de l’appareil s’allument pour signaler le début de l’enregistrement », qui est envoyé aux serveurs de Google et archivé. Il est cependant possible de les effacer dans « Mon activité ». Globalement, la détection fonctionne bien. De temps en temps, l’Assistant se met quand même à parler tout seul, surtout avec la télé allumée. Flippant, surtout quand on regarde un film d’horreur dans le noir.

La maison connectée presque comme chez Bill Gates

Avec du plancher, c’est la bataille permanente contre la poussière et les poils d’animaux. « Dis à Roomba de nettoyer la maison ». L’aspirateur d’iRobot vrombit et se met en route. Le chien aboie, les chats crachent et battent en retraite face à l’envahisseur. Tout le monde n’apprécie pas la technologie.

 

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« Erreur 17, erreur 17. » L’appel à l’aide est à peine audible. Après 2h30 sans encombre où il a bien travaillé, le petit robot est coincé dans la chambre : il a mangé un câble USB et a besoin d’un coup de main. Allez, « Roomba, rentre à ta base ». Sa mission terminée, il génère une carte du nettoyage. iRobot précise que contrairement aux rumeurs qui ont circulé, il ne compte pas vendre ces données. Mais à l’avenir, l’utilisateur pourra choisir de les partager avec Google ou Amazon pour améliorer le service. La compatibilité avec Home et Alexa est pour l’instant limitée aux Etats-Unis mais elle devrait débarquer prochainement en France sur certains modèles.

Côté son, Home déçoit, même avec sa petite taille. Cela passe pour écouter la radio ou de la musique en préparant le dîner mais guère plus. Heureusement, le système gère le multiroom. Grâce à l’adaptateur Chromecast Audio (40 euros), des vieilles enceintes hi-fi se transforment en « smart speakers ». On peut donc lui demander de « jouer le dernier album de The XX sur Spotify dans le salon ». Selon plusieurs parents, les enfants apprennent d’ailleurs très vite à donner des ordres dès 4 ans… Sans dire « S’il te plaît » ni « merci ». Paie ta génération de futurs despotes.

L’automatisation, c’est magique… Quand ça marche

Avec la canicule californienne, impossible de survivre sans climatisation. « Hey Google, baisse la température à 23°. » « On dirait que le thermostat n’est pas configuré. » La borne persiste dans son refus alors que l’app Nest a pourtant bien été liée à Home. Une heure avec le service client, cinq reboots et une remise à zéro plus tard, rien à faire : la commande vocale fonctionne sur smartphone mais pas sur l’enceinte, un comble alors que Nest appartient à Google/Alphabet.

Pour l’instant, c’est le principal point noir de l’expérience : elle reste trop compliquée. Avec les ampoules connectées Phillips Hue, il faut brancher un bridge (pont) à son routeur wifi, puis télécharger l’app, créer un compte et enfin le connecter à Google Home en croisant les doigts. Prises électriques, serrures, vidéosurveillance, alarme… Le système de Google est un hub compatible avec de nombreux périphériques connectés. Amazon, avec Alexa, garde une longueur d’avance côté partenaires mais son enceinte n’est toujours pas disponible en France. On attend également les lancements d’Apple et de Microsoft.

Malgré ces problèmes de configuration, les bidouilleurs peuvent s’en donner à cœur joie avec Home grâce à l’intégration du service Web IFTTT, de l’entreprise du même nom. IFTTT (« If this, then that », « Si ceci, alors cela ») fait des merveilles avec la maison connectée. En quelques clics, on peut créer une suite d’actions déclenchées par une phrase personnalisée. « Hey Google, va te coucher. » La lampe sur la table de nuit s’éteint. Le climatisation se met en route. Si on oublie les risques de piratage, c’est presque magique.