INTERNET - Frédéric Pie, fondateur d'un site de vidéo à la demande, réagit au projet de texte demandant une taxe de 2% sur les publicités...
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député UMP Marie-Hélène Des Esgaulx l'a précisé mercredi matin à 20minutes.fr: Dailymotion, les blogueurs et les sites de presse en ligne ne devraient fait pas faire l'objet d'une taxe de 2% sur leurs recettes publicitaires. Une taxe qui touchera en revanche les sites de vidéos à la demande...
Frédéric Pie, fondateur de Vodéo.tv, réagit.
Que pensez-vous du projet de taxer les sites de Vidéo à la demande?
Il faut arrêter de vouloir tuer dans l’œuf une industrie qui a du mal prendre son envol face à une industrie déjà établie (comme le cinéma physique et la vidéo). Surtout face à la montée du piratage. C’est quand même aberrant: on veut menace de frapper au tiroir-caisse ceux qui essaient de faire émerger une offre légale avec un modèle économique qui se cherche. On ne taxe pas un bébé dans sa couveuse. Laissons le grandir. Quand il saura gagner sa vie, on pourra le taxer.
Gagner votre vie… Vous en êtes loin?
Dans le meilleur des cas, le marché estimé de la vidéo à la demande VOD en France, représente 2% du marché de la vidéo (du dvd). Fin 2007, cela représente 30 millions d’euros, que se partagent 40 plateformes en France. C’est le marché le plus concurrentiel en Europe , le plus difficile. Dans ce marché en devenir, nous sommes tous dans des phases d’investissement qui coûtent très cher. Les pertes pouvant représenter jusqu’à trois fois et demi le montant du chiffre d’affaires. On paie déjà une taxe audiovisuelle au même titre que les DVD pour financer la création audiovisuelle. Si c’est pour taxer encore plus…
Entre le texte et les déclarations de la député, on sent un flottement. Elle envisage de taxer la publicité sur les sites, puis ceux de VOD payante. Sur votre site, il n’y a pas de pub pourtant…
On ne met jamais de pubs sur une œuvre payante. Si on met de la publicité sur nos sites, c’est pour financer les coûts de promotion, comme les bandes-annonces, de bande passante et de mise en ligne des œuvres. On essaie par tous les moyens d’inventer des méthodes pour essayer d’éviter les pertes.
Si un tel texte est finalement approuvé, quelles peuvent être les conséquences pour votre industrie?
Tout simplement de décourager tout nouvel entrant et nouvelles plateformes, notamment celle qui s’intéressent à la distribution de films de cinéma. Pour les petites structures en devenir qui pourraient proposer des offres alternatives aux gros du secteur, une taxe alourdit les capacités de décollage. Ceux qui vont s’en sortir sont donc ceux qui déjà gros, comme TF1 et Canal+, et qui ont les moyens de payer cette taxe. Ce genre de texte encourage ceux qui se lancent dans la diffusion gratuite — et qui pour l’instant ne génère pas assez de publicité pour parvenir à leur point d’équilibre — ceux qui pensent que pour monter une entreprise dans ce secteur, il vaut mieux aller à l’étranger.
Recueilli par Johan Hufnagel