Vinyles: Les jeunes, un max accrocs au microsillon

TENDANCE Les fabricants de platines se frottent les mains: leurs ventes profitent de l’engouement d’une clientèle jeune pour les vinyles…

Christophe Séfrin

— 

La nouvelle platine PS-HX500 permet d'écouter et de numériser ses vinyles dans un format audio non compressé.

La nouvelle platine PS-HX500 permet d'écouter et de numériser ses vinyles dans un format audio non compressé. — SONY

Le vinyle n’a donc pas perdu la face. Non seulement le phénomène qui fait le buzz depuis 2014 semble s’installer durablement, mais dans les rayons hi-fi, les ventes de platines bondissent.

Sony vient de lancer sa PS-HX500 au salon de l’électronique CES de Las Vegas, n’a vraiment plus rien à voir avec les tourne-disques d’antan. Vendue un bras (499 euros), l’appareil au design slim et élégant permet non seulement d’écouter religieusement 45 et 33 trs, mais aussi de les numériser. « Il existait depuis longtemps des platines pour numériser ses disques en MP3. Nous, on a voulu fournir le top du top avec la numérisation en DSD (Direct Stream Digital, NDLR), le format ultime en matière d’audio », explique Louis Leterrier, chef de produit audio vidéo chez Sony France.

Sony, mais aussi Technics et Dual y reviennent

En attendant la réédition de la célèbre platine Technics SL-1200, c’est la marque allemande Dual qui ressuscite. Celle qui fêtera ses 100 ans en 2027 a été rachetée par le groupe français MMBL, qui avait déjà développé la licence Polaroid dans l’univers des téléviseurs, des PC portables, des tablettes et des smartphones.

La platine Dual CS 455 fait partie des 25 références que la marque, récemment réapparue, possède à son catalogue.
La platine Dual CS 455 fait partie des 25 références que la marque, récemment réapparue, possède à son catalogue. - DUAL

 

La relance de Dual est partie d’un constat : « On s’est rendu compte que pratiquement chaque nouvel album sortait en vinyle, ou encore qu’Amazon vendait une platine vinyle toutes les deux minutes », précise Thierry Alarcon, à la tête de Dual France. Actuellement, le constructeur dispose de 25 références de platines à son catalogue. Premier prix : 169 euros pour la Dual CS 410.

La redécouverte d’un support

Phénomène de mode ou vrai revival ? Eternelle question. « Il se serait vendu 200.000 platines vinyle en France en 2014, 375.000 en 2015 et il s’en vendra sans doute 750.000 en 2016. Certains pensent que l’on franchira peut-être le cap du million en 2017 », s’enthousiasme le patron de Dual. Des chiffres qui restent pour le moment difficiles à vérifier. « On parle de hausses de ventes de l’ordre de 40 % par an depuis 2013 », complète Louis Leterrier chez Sony. De son côté, Michel Aublanc, rédacteur en chef du blog La république du son depuis 2013, tente de pondérer. Selon lui, « il ne faut pas tomber dans une espèce d’emballement médiatique, mais ce qui se passe n’est pas négligeable.

Michel Aublanc, rédacteur en chef de La république du son invite
Michel Aublanc, rédacteur en chef de La république du son invite - JEAN-MARC BESACIER

 

Face à un retour du vinyle nostalgique pour certains, il est incontestable que des jeunes redécouvrent le support. C’est un phénomène de mode qui s’installe ».

Le petit bruit du diamant qui fait « scrrr »

Nancy, 29 ans, travaille dans le prêt à porter et a cédé à la tentation. « Mon oncle m’a offert un tourne-disque il y a 2 ans. C’est vrai qu’une fois qu’on y a goutté, on ne peut plus s’en passer. ». Conséquence pour Nancy : « j’envisage d’acheter une platine de meilleure qualité ». Et si l’on suspecte la jeune femme de céder à une mode, elle rétorque tout de go : « Je ne m’inscris pas du tout dans cette optique. Je suis très attirée par cette tendance vintage. J’aime bien mélanger les styles et l’idée de faire revivre des objets qui ont déjà vécu. » Comme de courir les brocantes ou les disquaires pour constituer sa nouvelle discothèque.

Un rayon de disques vinyles à la Fnac Etoile.
Un rayon de disques vinyles à la Fnac Etoile. - CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

 

Désormais chez Nancy, les Doors, Neil Young, Joan Baez et les Beatles tournent en boucle. « Avec le vinyle, on se pose, il y a vraiment une démarche qui sacralise la musique. De la sortie de la pochette au moment où l’on pose le bras de la platine sur le disque, c’est comme un rituel. Ce que j’adore aussi, c’est le petit bruit du diamant quand on le pose sur le début du 33 trs ». Scrrrrrr….

Les ventes de disques explosent depuis novembre

Dans les brocantes justement, les prix des vinyles flambent. Bradés 1 euro l’unité il y a encore quelques années, certains disques dépassent les 15 euros, quasiment le prix d’un vinyle neuf. Le 19 juin, la vente aux enchères de 8000 vinyles de la discothèque de Radio France devrait déplacer les foules. A la Fnac, c’est l’offre et la demande de 33 trs qui s’enflamment. « Cela fait 3 ans que l’on sent une tendance qui, dans les chiffres, restait anecdotique. Mais depuis novembre dernier, les ventes ont littéralement explosé », indique Olivier Garcia, directeur musique vidéo gaming à la Fnac. Et si hier encore, le chiffre d’affaires du rayon disques de l’enseigne n’était constitué qu’à 2 ou 3 % par le vinyle, il oscille désormais entre 10 et 15 %. De quoi réimplanter des rayons qui avaient pratiquement disparu.

« On crée des boutiques dédiées dans nos magasins. La moitié du parc est installée, l’autre moitié arrive d’ici la fin d’année avec des espaces dédiées de 20 à 60 mètres carrés par point de vente », précise Olivier Garcia. De quoi loger jusqu’à 10 000 références actuellement disponibles.

>> A lire aussi : Disquaire Day: Le futur de la techno regarde dans le rétro

Selon le SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique), les ventes de vinyles ont été multipliées par 2,3 entre 2012 et 2015 pour atteindre 750 000 galettes écoulées l’an passé. Cela ne correspond encore qu’à 2,3 % du marché physique, mais la réalité pourrait être plus belle encore, les ventes des disquaires indépendants n’étant pas prises en compte dans ces calculs. Certains évoquent des chiffres multipliés par deux, soit 1,5 million de galettes. Le Midem, qui se tient du 3 au 6 juin, devrait confirmer la tendance.

Les délais de fabrication qui s’allongent

Phénomène notable : de nombreuses nouveautés percent désormais sur le marché du microsillon, tels les albums de Renaud ou de Johnny Hallyday qui cartonnent en vinyle. Alors que les vinyles qui se vendaient jusqu’alors étaient majoritairement des disques de fond de catalogue que se rachetaient quelques inoxydables nostalgiques. De son côté, A Moon Shaped Pool de Radiohead pourrait lui aussi largement réenchanter les ventes de microsillons.

Dans les rayons, titres de catalogue et nouveautés cohabitent.
Dans les rayons, titres de catalogue et nouveautés cohabitent. - CHRISTOPHE SEFRIN/20 MINUTES

 

Les décès successifs de David Bowie et de Prince ont également contribué à l’emballement des ventes de 33 trs… « On bat aussi des records de pré commandes sur des futures rééditions des Pink Floyd ou de Prince », note Olivier Garcia à la Fnac. Et les délais de fabrication s’allongent, les presseurs ne parvenant visiblement pas à faire face au nouveau tsunami vinyle. Dans les bacs, certaines références comme le Nirvana Unplugged sont en rupture depuis 3 mois…

De 200 à 500 euros pour s’équiper

En attendant, on peut prendre le temps de bien choisir sa platine, si ce n’est déjà fait. « Il existe plein de matériel à tous les prix », rappelle Michel Aublanc de La république du son. Misez néanmoins sur un budget situé entre 200 et 500 euros pour vous équiper sereinement.

Quelques rappels : les problèmes des platines vinyle, ce sont généralement les vibrations. Un appareil avec un petit moteur désolidarisé du plateau et une courroie d’entraînement est à privilégier. Face aux platines manuelles, semi-automatiques ou automatiques (le fait que le mouvement du bras pour se poser sur le disque et s’en extraire à la fin d’une face soit ou non automatisé, NDLR), le spécialiste préconise une platine manuelle : « les automatismes peuvent être sujets à des pannes ». Surtout, ne pas oublier que le signal audio d’une platine vinyle est très très faible.

Les offres de platines d'occasion affluent à tous les prix sur Le Bon Coin.
Les offres de platines d'occasion affluent à tous les prix sur Le Bon Coin. - DR

 

Si l’on ne dispose pas d’un amplificateur avec une entrée « Phono », une platine intégrant un préampli est nécessaire. On peut aussi s’en acheter un séparément (50 euros environ). Alternative si l’on est plutôt oldstyle : une platine d’occasion. Là, une bonne vielle Thorens dénichée sur Le Bon Coin autour de 200 euros peut faire l’affaire. « En ajoutant 50 euros pour changer la cellule, prévient Michel Aublanc, on va se retrouver avec un truc qui a un peu de gueule. »