Les vidéos faites sur YouTube: un nouveau genre cinématographique?

INTERNET – Décryptage d’une tendance avec le chercheur André Gunthert...

Alice Antheaume

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Plusieurs familles de vidéos se disputent les plates-formes comme YouTube ou Dailymotion: les compilations d’actions sportives, les gags d’animaux, les images piratées des télés, etc… Et certaines misent sur le bouton «avance rapide». Comme celle de Charlie Mars, un technicien audiovisuel français, qui a résumé 500 jours de sa vie (et 70 heures de rush) à 4 minutes. Son film, publié le 10 août 2007 sur Dailymotion, a déjà été vu près de 81.000 fois.



cinq cents jours
envoyé par charlimars

Dès le début de la séquence, l’auteur annonce la couleur: «janvier 2006: sans trop savoir pourquoi, je sors mon caméscope et je filme. Un peu chaque jour. Je me filme, moi ou bien cette cagoule stupide que je porte parfois…». Au final: un aperçu de sa vie quotidienne, entre vaisselle qui s’accumule dans l’évier et trajets en train, rythmée par les accélérations.

Une nouvelle tendance? «Un historien du cinéma dirait qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil puisque les accélérés ont cent ans et datent des premiers trucages de George Méliès, explique André Gunthert, chercheur en histoire visuelle contemporaine et enseignant à l’EHESS. Sauf qu’avant, les amateurs n’y avaient pas accès. Mais depuis deux ans, le grand public s’est approprié ces outils de montage vidéo, aussi faciles à utiliser que le copier-coller dans un traitement de texte, même si on n’a pas fait d’école de cinéma.»

L’engouement populaire pour la vidéo aurait créé un genre adapté à la diffusion sur Internet, le genre «films-faits-pour-Youtube»? «L’accélération présente dans ces vidéos est une marque du web, elle illustre notre nouveau rapport à l’information, constate André Gunthert. Avant, on lisait un journal. Avec Internet, on est confronté à une offre pléthorique de sources et un flux permanent d’infos.»

«Comme s’il était un point fixe dans le flux», Noah Kalina s’est pris chaque jour pendant six ans en photo et a compilé la somme de ses clichés en cinq minutes: ses cheveux poussent un peu, le décor en arrière-fond change, mais pour le reste, l’homme fait la même tête. Cette métaphore du temps qui passe a été vue près de 7 millions de fois sur YouTube en un an.




Calquée sur le même principe que la vidéo de Noah Kalina, celle que le studio Ogilvy à Toronto a imaginée, en septembre 2006, pour la marque Dove: une femme d’apparence ordinaire y est transformée/maquillée/photoshopée pour devenir mannequin en un temps record (1,14 minute top chrono).


Pub Dove (Evolution)

Comme sur le film de Noah Kalina, le fond sonore est très épuré: musique classique et absence de paroles. Ainsi, «nul besoin de traduction, dit André Gunthert. Ces films sont universels: ils peuvent être visionnés depuis n’importe quel coin du monde.» Et le chercheur va plus loin : «dans l’histoire du cinéma, le passage au parlant a été une révolution. Mais là, on retourne au non-parlant.» Une autre révolution? «Quand on regarde deux ou trois de ces films sur le Net et qu’on allume ensuite sa télé, cela fait un drôle d’effet: on a l’impression que le JT est au ralenti.»

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