Un journaliste japonais tué en Birmanie lors des émeutes jeudi 27 septembre 2007
Un journaliste japonais tué en Birmanie lors des émeutes jeudi 27 septembre 2007 - Capture d'écran de YouTube

Peu de journalistes sont actuellement présents en Birmanie et pourtant, la crise qui secoue la Birmanie est visible par le monde entier, contrairement aux répressions sanglantes des années 80. Une censure qui échoue grâce au Net et aux moyens de communication sans fil. Les Birmans de l’extérieur arrivent ainsi à se fournir en images et en vidéos pour nourrir les blogs qui rendent compte de la répression dans les rues de Rangoun. Mais après deux jours de violences, le gouvernement a décidé vendredi de couper la principale liaison à l'Internet. Comment les images arrivent-elles encore à échapper au contrôle des services de sécurité birmane?

A venir plus de précisions sur 20minutes.fr...

Satellite

Pour Simon Genin, ingénieur à Télécom Sans Frontière (TSF), une organisation qui met à disposition des moyens de télécommunication mobile en cas de crise humanitaire ou de conflit armé, «tout passe par un réseau clandestin». Et le spécialiste des télécommunications qui vit en Thaïlande voisine de préciser: «Même si l’Internet et les réseaux GSM sont coupés, ce qui est techniquement faisable, il est toujours possible d’envoyer des données, photographies ou vidéos, via des moyens de transmission satellitaire. Il s’agit de matériel simple à transporter et à cacher, un ordinateur portable suffit pour se connecter à une liaison satellite. Donc pas de grosse parabole facilement repérable par les autorités en place.»

BGAN

Le modem satellite, communément appelé BGAN, n’est pas donné: 2.000 à 4.000 euros. Sans oublier un abonnement mensuel d'un minimum proche de 24 euros et environ 3 euros par mégaoctets reçus ou envoyés. Et «vu le salaire local, ce n’est pas donné», tempère Simon Genin. Seules des organisations de militants ou des expatriés peuvent se l’offrir. Et en plus il faut le faire passer en territoire birman.» Une zone le permet selon l’ingénieur: «Au nord, la frontière qui sépare la Thaïlande et la Birmanie est un fleuve, en plus deux villes se font face.»

Wi-fi le long de la frontière

«Même si vous téléphonez avec votre ligne française ou américaine, votre portable utilise les réseaux locaux, totalement sous contrôles du gouvernement local.» Reste une ultime solution : s’approcher de la frontière thaïlandaise et réussir à capter le signal d’un opérateur pour échapper aux ondes birmanes. Le wi-fi est aussi une autre solution: les points d’accès thaïlandais situés à moins de 200 mètres peuvent être utilisés pour communiquer avec l’extérieur.

Autant d’écueils qui font que les images de la «révolution safran» ne viennent pas de Birmans anonymes mais d’un réseau de militants relativement organisés. «Internet et les technologies sans fil ont été investis depuis longtemps par les journalistes clandestins», explique Vincent Brossels de Reporter Sans Frontière.

Seconde guerre mondiale

Ces journalistes «très organisés disposent de moyens de communication satellitaire achetés en Thaïlande ou en Chine. Des gens bien formés à tous les outils modernes de l’Internet. Ils travaillent comme les journalistes résistants pendant la seconde guerre mondiale. Pendant la repression des années 80, les journalistes clandestins imprimaient les journaux côté thaïlandais avant de la faire passer en Birmanie. À l’époque, c’était des imprimeries cachées le long de la frontière, maintenant ce sont les communications satellites, c’est la seule différence. Ils collectent les images, les vidéos et il expédient cela, en Thaïlande par exemple.»

Combats entre militaires?


Des réseaux qui depuis deux jours sont les seuls à pouvoir fournir des images de la répression en cours. Vincent Brossels : « La junte a renforcé le blocus. Internet et le téléphone sans fil est coupé, restent les lignes fixes. Le correspondant de l’AFP, un Birman, a vu sa ligne coupée. Cela fait donc deux jours qu’on ne sait rien de la situation sur le terrain. Des rumeurs disent même qu’il y a des combats entre militaires.»

Les sites communautaires s'intéressent à la situation birmane. La preuve avec «Support the Monks' protest in Burma», le nom d’un groupe Facebook qui soutient le soulèvement qui secoue le pays. Le groupe qui compte 100.000 membres, appelle à des actions symboliques comme porter du rouge tous les vendredis. Une référence à la tunique rouge safran portée par les bonzes, les moines bouddhistes qui en manifestant ont déclenché la confrontation avec le régime militaire de Rangoun. Support the Monks publie les adresses électroniques des services de communications des sociétés étrangères implantées en Birmanie. Les membres sont invités à envoyer un message pour protester contre leur présence en Birmanie.

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