Yasushi Matoba, un chercheur japonais est parvenu à transformer l’eau de votre bain en écran interactif.
Yasushi Matoba, un chercheur japonais est parvenu à transformer l’eau de votre bain en écran interactif. - Laval Virtual

Cofondateur de Laval Virtual en 1999, Simon Richir est sollicité de toute part sur le salon international de la réalité virtuelle, qui s’ouvre ce week-end au grand public. Il s'occupe d’organiser les conférences, mais aussi des trophées et des compétitions étudiantes. Rencontre avec ce professeur aux Arts et Métiers ParisTech spécialise de la réalité virtuelle.

La réalité virtuelle et la réalité augmentée ne datent pas d'hier. On entend parler de projets enthousiasmants chaque année. Mais quand est-ce que des innovations grand public vont enfin conquérir le marché?

La réalité augmentée est quand même bien présente depuis l'arrivée des tablettes et mobiles. Il y a pas mal d'applications qui commencent à devenir intéressantes. Le grand public peut déjà s’approprier tout ce qui se fait dans le domaine du jeu, par exemple, qui utilise ce type de technologies.

En quinze ans de Laval Virtual, vous avez vu passer des dizaines et des dizaines de prototypes. Quelle est la tendance cette année en matière de réalité virtuelle?

Lors des différents salons, on a vu apparaître des prototypes de laboratoire qui sont ensuite devenus la Wiimote [le contrôleur de la Wii de Nintendo] ou encore Kinect [périphérique qui permet la détection des mouvements, lancé par Microsoft]. Cette année, il y a une tendance intéressante: on sent vraiment la survenue de l'Internet des objets [qui était d’ailleurs le thème de la dernière conférence LeWeb]. Et de plus en plus, on peut projeter des informations sur n’importe quoi. Actuellement si je veux mettre une information sur mon réfrigérateur, il faut que je lui colle une tablette. Dans le futur, la tablette ne sera plus nécessaire. Un exemple: je suis dans mon bain et j'ai envie de jouer ou de faire défiler des photos, je ne vais pas prendre ma tablette avec moi, la surface de l'eau va devenir un écran interactif. On pourra regarder ses photos en tapotant dans l'eau. On peut imaginer la même chose demain avec son miroir. On est en train de se préparer le matin et on y lit les informations en même temps. Aujourd'hui, tout peut se transformer en écran.

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Vous pensez que le public est demandeur de ce type d’applications?

Si on le crée avec lui, oui. Une nouvelle application ne vaut que parce qu'il y a un nouvel usage qui a été validé ou même demandé, un besoin. Je crois beaucoup à la co-création sur les réseaux sociaux. On va demander par exemple: «Tiens, tu ne crois pas que ce serait bien un réveil qui ne sonnerait pas le matin si jamais il y a de la neige, une alerte rouge et que les transports sont annulés? Il me laisserait dormir.» Si des gens sont intéressés, hop, d'un seul coup une communauté se crée. On conçoit le projet ensemble grâce à des logiciels de réalité virtuelle très simples. Si ensuite la communauté devient plus grande parce que les gens ont trouvé ça génial, je crée ma start-up et je fais fabriquer le produit par un industriel.

Les réseaux sociaux jouent vraiment un rôle primordial aujourd'hui pour penser les projets du futur?

Oui, j'y crois beaucoup. Il faut vraiment co-créer son produit. Un peu comme Leap Motion. Les mecs ont pensé à une technologie, ils l'ont mise au point, ils ont créé le buzz, et ont commencé à l'envoyer aux mille premiers qui avaient répondu. Ces personnes ont créé des applications et puis d'un coup elles ont elles-mêmes créé de nouveaux usages. C'est aussi ce qui s'est passé avec Kinect. Au début Microsoft avait fermé le truc en disant «c'est nous les chefs, c'est nous qui inventons». Et puis d'un seul coup, il y en a qui se sont mis à le pirater. Et Microsoft s'est dit «wow, les idées ne sont plus chez nous, ouvrons à fond». Là ils ont des applications pour dix ans, tranquille.

Où en est la France par rapport aux autres pays en matière d'innovation dans ce domaine?

L'université de Tokyo est numéro un au monde dans ces domaines, en France on est... dans les 200 (sourire). Malgré tout c’est une question difficile. Les Japonais reconnaissent une grande qualité de nos graphismes 3D. Eux c'est souvent l'interface et l'interaction qu'ils travaillent beaucoup. La qualité de leurs graphismes sera beaucoup moins bonne que ce qu'on sort en France. C'est pour ça qu'ils aiment bien travailler avec nous. Cela montre qu'on n'a pas à rougir. On a des idées. On a des étudiants et des gens très fans des nouvelles technologies, après il faut que les infrastructures suivent. Qu'on ait tous du super haut débit, par exemple.

Qu'est-ce qui fait que les Japonais ont toujours été à la pointe dans ce domaine-là?

Ils ont des financements d'Etat et d'entreprises. Et ces entreprises sont prêtes à financer une application qui peut sembler complètement étrange ou ludique, comme un nounours qui respire et qui dégage de la chaleur. Les laboratoires de recherche japonais n'ont pas peur d'être ridicules. Ils osent tout. Il faut savoir oser!

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