Capture d'écran de la Timeline d'un profil Facebook.
Capture d'écran de la Timeline d'un profil Facebook. - DR

Philippe Berry

De notre correspondant à Los Angeles

On a d'abord cru à une énorme bévue de Facebook: des messages privés qui auraient accidentellement été rendus publics. Dans la nuit, le gouvernement a même sommé Facebook France de s'expliquer auprès de la Cnil. Au final, Facebook dément fermement et il semble bien qu'il s'agisse surtout d'un #fail des médias, auquel 20 Minutes a participé. Retour sur une panique collective.

Lundi, 15h30: Twitter buzz et «Metro» allume la flamme

Certains internautes affirment, notamment sur Twitter, que d'anciens messages privés Facebook sont en train d'apparaître sur leur timeline publique. Le journal Metro publie le premier cet article. «Bug ou faille de sécurité ? A Metro, nous avons constaté depuis 14h30 que des messages privés anciens, datant de 2007, 2008 et 2009, apparaissaient désormais directement dans la Timeline des utilisateurs. Il peut s'agir de messages en Inbox ou de conversations sur le chat interne à Facebook. Ces messages se retrouvent mélangés à des commentaires des amis sur le wall.»

17h00: Le reste de la presse embraye

Le Monde, Le Point puis 20 Minutes et d'autres... Tous les sites des journaux ou presque relaient l'information. A 20 Minutes, plusieurs rédacteurs sont persuadés que des vieux messages privés sont bien visibles de tous. «Je t'ai laissé les clés sous le paillasson», apparaît notamment sur la timeline d'un ami d'une journaliste. Facebook France explique que les ingénieurs «mènent l'enquête».

18h00: La Californie se réveille

La Californie, où se trouve le siège de Facebook, se réveille alors que la polémique a enflé en Europe. Twitter, Facebook, email... Internet ne parle que du «cauchemar Facebook». «Vire tes messages», conseille un collègue français. Plusieurs sites publient des guides pour faire le ménage. Les témoignages affluent. Coup de gueule contre son patron, flirt un peu chaud avec un/une internaute... Certains membres du réseau découvrent des messages intimes et personnels. «De quoi détruire mon couple», explique une lectrice de Metro. Une journaliste de TechCrunch confirme à son tour que plusieurs de ses messages privés sont devenus publics. L'information est reprise par de nombreux sites et blogs américains. La bévue semble planétaire.

20h00: Le démenti de Facebook

Facebook termine son enquête et livre son verdict à la BBC: «Les messages sont de vieux posts du wall qui ont toujours été visibles sur les profils des utilisateurs. Il n'y a pas eu de bug ni violation de la vie privée.» Andrew Bosworth, ingénieur en chef chez Facebook, explique encore que «les internautes ont simplement oublié comment ils utilisaient le wall à l'époque». Il n'était en effet pas possible de commenter/répondre ou de «liker» un message. De nombreux utilisateurs discutaient alors dans un va-et-vient de mur à mur et ces posts ressemblent, aujourd'hui, à des messages privés. Facebook explique encore à la BBC qu'une fuite de la messagerie privée vers la timeline est impossible car les deux systèmes sont séparés.

Changement des usages

Cet internaute résume le mieux la situation: 

«Je n'arrive pas à savoir si mes messages privés ont été publiés ou si je n'avais juste aucune idée de ce qui était approprié en public en 2008.» A l'époque, certains internautes n'avaient en effet pas compris que le wall n'était pas un espace privé. Entre-temps, et après de multiples changements du côté de Facebook, beaucoup de membres ont modifié leurs réglages et ont appris à mieux cloisonner. Mais l'effet n'est pas rétroactif: leurs anciens messages restent par défaut souvent publics. Et, avec le passage aux profils timeline, des anciens posts jusqu'ici enterrés sont d'un seul coup devenus facilement accessibles (pour limiter leur visibilité, c'est ici). Un début de polémique similaire avait éclaté en Finlande fin 2011 mais elle ne s'était pas propagée au reste du Web. Le passage à la timeline continue d'être déroulé dans le monde entier. Il est donc probable qu'il s'agisse du même cas de figure: la remontée de posts que certains croyaient privés mais qui ne l'avaient en fait jamais été.

Facebook présumé coupable

Le réseau a un lourd passif sur la vie privée. Réglages complexes, options confuses, changements incessants, Mark Zuckerberg a tout fait pour que les internautes partagent le maximum d'information, sans en avoir forcément conscience. Du fiasco de son réseau publicitaire Beacon, en 2007, à la brève publication de chats privés en 2010, Facebook a dérapé à de multiples reprises et a dû régler à l'amiable plusieurs class actions. A tel point que l'entreprise a été placée –comme Google– sous la surveillance des autorités américaines pour les 20 prochaines années.

L'action Facebook en forte baisse à New York

Le titre a terminé en baisse de 9% à 20,79 dollars. Mais selon les experts, la baisse est principalement due à l'abaissement de recommandation de Barrons et pas à la polémique sur la vie privée. Selon l'analyse du magazine financier, l'action Facebook ne vaut que 15 dollars.

Et maintenant?

De nombreux internautes n'en démordent pas et jurent que des conversations privées se trouvent mélangées aux posts du wall. Après vérification, nous n'avons, pour l'instant, vu aucune preuve convaincante. On ne parle pas ici de messages dont le contenu semble personnel, ni de posts qu'on pensait privés mais bien de messages à la fois présents dans la boîte de réception et accessibles via la timeline. Tous les posts suspects que nous avons vérifiés n'étaient pas dans l'inbox (dans les notifications envoyées par email, on peut voir la différence entre «message de untel» et «untel a écrit sur votre mur»). Il semble, cette fois, que Facebook soit bel et bien innocent.

Avez-vous la preuve d'une bévue du côté de Facebook (soit un doublon inbox/timeline, soit une vieille notification mail d'un message privé, visible publiquement aujourd'hui)? Ecrivez-nous à reporter-mobile@20minutes.fr et nous mettrons cet article à jour.