"J'ai peur de vous!", lance un vieil homme, la voix tremblante, à un garde en uniforme du Parc national du Mercantour. Une scène qui en dit long sur les relations conflictuelles entre habitants et agents qui cohabitent pourtant depuis 1979.
"J'ai peur de vous!", lance un vieil homme, la voix tremblante, à un garde en uniforme du Parc national du Mercantour. Une scène qui en dit long sur les relations conflictuelles entre habitants et agents qui cohabitent pourtant depuis 1979. - Jacques Munch afp.com

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"J'ai peur de vous!", lance un vieil homme, la voix tremblante, à un garde en uniforme du Parc national du Mercantour. Une scène qui en dit long sur les relations conflictuelles entre habitants et agents qui cohabitent pourtant depuis 1979.

D'un côté, les premiers, corsetés par une réglementation sévère, se sentent "brimés" et "spoliés de leur terre". De l'autre, certains agents trop zélés se prennent parfois pour les "shérifs" du "Far East" azuréen.

La dernière anicroche remonte à début juillet, lorsque deux gardes décident de verbaliser une association de retraités qui tient une messe en lisière de parc, sur la commune de Saint-Dalmas-le-Selvage. Amende encourue: 1.500 euros. Le curé en tombe de sa chaire.

La situation s'envenime quand, après une discussion houleuse avec le maire de Saint-Dalmas, Jean-Pierre Issautier, les deux gardes portent plainte contre l'élu pour "menaces de mort".

Le vase vient de déborder: le maire de Nice et vice-président du parc, Christian Estrosi, dénonce un insupportable "affront" et stigmatise la réaction toute "bureaucratique" des gardes. "Pour prier mon Dieu, il est hors de question que je demande l'autorisation à qui que ce soit!" déclame-t-il, grandiloquent, samedi lors du traditionnel pèlerinage de la Bonette.

Difficile de faire la paix après une telle querelle. La direction du parc reconnaît "une maladresse" et tente d'apaiser le conflit en discutant avec les élus, mais de la vallée de la Tinée à celle de la Roya, plus à l'est, locaux et randonneurs n'ont qu'exaspération à la bouche.

Un PV pour un oui ou pour un non

Intarissables, ils vous racontent comment les gardes les verbalisent pour un oui ou pour un non; une tente plantée à 18H45 au lieu de 19H00 ou la cueillette d'un panier de myrtilles; comment ils "terrorisent" un vieux monsieur en lui intimant l'ordre de jeter les quelques pousses d'épinards sauvages qu'il vient de cueillir pour son omelette.

"En trente ans, on a connu des gardes avec lesquels ça se passait bien, mais il y en a d'autres qui font appliquer la loi à la lettre", regrette Jean-Pierre Issautier, qui leur demande un peu "plus de souplesse et d'intelligence".

Cette affaire de messe, "c'est un peu navrant", "ça a choqué les locaux" qui finissent par "redouter" les gardes. "Ce genre de comportement braque les habitants" et "va à l'encontre des intérêts du Parc et des populations".

Si l'élu se pose en fervent défenseur du Parc et assure qu'il est "une opportunité et une vitrine extraordinaire", sur place, certains élus, bergers ou chasseurs se montrent pourtant peu coopératifs, voire parfois franchement hostiles.

Point d'ancrage de ce ressentiment, la protection du loup qui, à intervalles réguliers, agit comme du sel sur une blessure fraîche. La défense de l'environnement chère aux gardes se télescope parfois avec le quotidien des gens de la vallée.

A regarder les chiffres de plus près, le zèle des 45 gardes reste pourtant mesuré. Ainsi, en 2011, ils ont verbalisé 90 personnes. Leur planning atteste de la multiplicité de leurs interventions: outre la surveillance, ils balisent les sentiers, montent des projets pédagogiques, suivent des protocoles scientifiques...

Mais comment s'entendre quand on ne se fréquente pas? Gaucherie ou animosité, certains agents se tiennent à l'écart des villageois. Au point que lorsque le nouveau chef de secteur de la Haute-Tinée, Emmanuel Pollet, tente de briser cette autarcie et se rend à une simple inauguration, c'est quasi hébétés que les habitants lui serrent la main.