Ils viennent d'empocher le bac mais s'en souviennent déjà comme d'une promenade de santé: 45 jeunes de quartiers défavorisés planchent sur le campus de Polytechnique pour se préparer à "la claque" de la rentrée en prépa ou fac de médecine.
Ils viennent d'empocher le bac mais s'en souviennent déjà comme d'une promenade de santé: 45 jeunes de quartiers défavorisés planchent sur le campus de Polytechnique pour se préparer à "la claque" de la rentrée en prépa ou fac de médecine. - Martin Bureau afp.com

© 2012 AFP

Ils viennent d'empocher le bac mais s'en souviennent déjà comme d'une promenade de santé: 45 jeunes de quartiers défavorisés planchent sur le campus de Polytechnique pour se préparer à "la claque" de la rentrée en prépa ou fac de médecine.

Dans une salle de la prestigieuse école de formation d'ingénieurs de Palaiseau (Essonne), un groupe d'élèves suit un cours de biochimie. Dans la classe voisine, leurs camarades traduisent en anglais un extrait d'un roman d'Hervé Bazin.

Après les quatre heures de cours de la matinée, il faudra passer l'après-midi sur le gril des interrogations orales, avant une séance de sport. Mais la journée des participants aux "Ecuries d'été", organisées pendant trois semaines par l'association Réussir Aujourd'hui, ne sera alors pas finie.

"Il y a beaucoup de matières et il faut toutes les travailler. Le soir, on a une quantité importante de travail et ce sera encore pire en septembre", raconte Loubna, 18 ans, venue de Strasbourg pour ce programme.

Cette brune aux cheveux bouclés, qui vient de décrocher son bac avec mention bien, s'apprête à entrer en classe préparatoire aux grandes écoles de commerce. Habituée à des notes autour de 17/20 en anglais, elle a reçu un 3 pour sa première interrogation orale.

"Le chemin est encore long avant de rentrer dans une école prestigieuse. En terminale, on n'a pas l'occasion de se mettre en face de ses défauts, on n'attend pas de nous la même exigence", estime la jeune fille.

Célia Bouzemboua, 17 ans, va apprendre par coeur les notions qu'elle vient de voir en cours de biochimie. "Cela nous rassure, on sait qu'on part avec des acquis", explique l'adolescente de Saint-Etienne.

Mais "c'est dur, on pourrait faire la fête avec nos amis pour fêter le bac", reconnaît-elle.

Apprendre des méthodes de travail

Le programme, organisé pour la cinquième année, est destiné à des lycéens suivis par Réussir Aujourd'hui pendant leurs dernières années dans des établissements classés en zone d'éducation prioritaire (ZEP). Plus de la moitié d'entre eux étaient scolarisés en Seine-Saint-Denis.

"On va là où le problème se pose. Ce qu'ils font ici, il y a 300 lycées qui ont auraient besoin", juge Jean-Claude Barrois, le président de l'association, pour qui "l'action publique est insuffisante en direction de ces quartiers". "Ce qu'on leur apprend ici ce sont des méthodes de travail et la rapidité des cours", explique-t-il.

D'où un programme intensif qui donne un avant-goût des études auxquelles se destinent ces jeunes.

"Ils commencent à être fatigués. C'est l'objet, il faut qu'ils sentent que ce n'est pas une promenade de santé", souligne Denis Robert, coordinateur au sein de Polytechnique du programme qui s'achevait vendredi. "C'est normal: il s'agit de faire une simulation de ce qu'ils vont trouver. Le mot clé, c'est de redonner confiance en soi. L'idée, c'est de lever le verrou du déterminisme social", note de son côté Philippe Marano, de Réussir Aujourd'hui.

Autrement dit, selon ce responsable associatif: ne pas baisser les bras quand on encaisse une mauvaise note en classe préparatoire ou se retrouver perdu dans un amphithéâtre de 400 étudiants en médecine.

"Il y a un gouffre entre le lycée très encadré et le système universitaire. En médecine, les étudiants doivent s'attendre à avoir beaucoup de travail. C'est une grosse claque qu'on essaie d'amortir", renchérit Florent Busi, qui enseigne la biochimie à l'université Paris-Diderot.