L'avocate algérienne du père de Mohamed Merah a déclaré jeudi qu'elle ne remettrait pas "pour le moment" à la justice française les deux vidéos qui auraient été tournées par le tueur, après le tollé provoqué par la diffusion d'enregistrements sonores par la chaîne TF1.
L'avocate algérienne du père de Mohamed Merah a déclaré jeudi qu'elle ne remettrait pas "pour le moment" à la justice française les deux vidéos qui auraient été tournées par le tueur, après le tollé provoqué par la diffusion d'enregistrements sonores par la chaîne TF1. - Farouk Batiche afp.com

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L'avocate algérienne du père de Mohamed Merah a déclaré jeudi qu'elle ne remettrait pas "pour le moment" à la justice française les deux vidéos qui auraient été tournées par le tueur, après le tollé provoqué par la diffusion d'enregistrements sonores par la chaîne TF1.

"Je vais mettre les vidéos de côté pour le moment et les remettrai en temps opportun. Nous avons suffisamment d'éléments dans le dossier et nous en remettrons de nouveaux à la justice française lors de mon déplacement en France ce soir", a déclaré Me Zahia Mokhtari lors d'un point-presse à Alger.

Les deux vidéos de 20 minutes chacune, qui auraient été tournées par le tueur durant son siège par le Raid, devaient être remises au parquet de Paris lors de la visite de l'avocate.

Ce revirement survient après le tollé provoqué par la diffusion dimanche par la chaîne française TF1 des extraits de discussions entre le tueur et la police française où l'on entend Mohamed Merah expliquer ses crimes d'un ton posé.

La justice française a décidé d'ouvrir une enquête judiciaire pour violation du secret de l'instruction après la diffusion de ces enregistrements, censés être conservés sous scellés par la police. L'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, mène elle aussi une enquête.

"Nous ne voulons pas que la justice décide de mettre de côté ces vidéos sachant qu'elles sont en contradiction avec ce qui a été diffusé par la chaîne française", a expliqué l'avocate, en précisant que la défense les garderait pour plus tard "comme une cerise sur le gâteau".

Selon une transcription de ces vidéos, publiée le 12 juin par un journal algérien, Merah aurait affirmé avoir découvert durant le siège de son appartement qu'un homme qu'il croyait être son ami était en réalité un agent des services français qui l'aurait manipulé.

La justice française a dit douter de l'existence de ces vidéos. "Aucun Iphone, aucun téléphone d'aucune sorte, n'a été découvert lors de la perquisition menée dans l'appartement, pas plus que sur Mohamed Merah", a relevé récemment le procureur de la République.

Bande sonore "fabriquée"

L'avocate a affirmé que la bande sonore diffusée par TF1 avait été "fabriquée" et s'est demandée pourquoi la chaîne avait choisi cet enregistrement sonore alors que, selon elle, d'autres ont été pris durant le siège par les mêmes services de police.

"Qu'est-ce qui prouve que l'homme au scooter est Merah? Celui qui est supposé lui avoir loué le scooter nie l'avoir affirmé et se dit prêt à témoigner", a par ailleurs déclaré Me Mokhtari, disant n'avoir eu accès à aucune preuve de la culpabilité de Merah.

L'avocate a affirmé vouloir l'ouverture d'une enquête pour établir toute la vérité même si au final la culpabilité de Merah est prouvée. Pour cela, elle sollicite l'aide des ministres de la Justice et de l'Intérieur.

"Le père d'une des victimes de Merah (...) a demandé à ce que nous travaillions ensemble pour faire éclater la vérité", a-t-elle affirmé.

Me Mokhtari a précisé à l'AFP qu'il s'agissait du père du caporal Abel Chennouf tué à Montauban, qui souhaite "lever les zones d'ombre qui entourent cette affaire".

L'avocate a souligné avoir fait une demande pour que le corps de Merah soit autopsié pour comprendre comment il a été tué, certaines sources affirmant qu'il aurait 87 impacts de balle sur le corps.

Mohamed Merah a été tué le 22 mars par une unité d'intervention de la police, lors de l'assaut de son appartement, après avoir abattu entre le 11 et le 19 mars dans le sud-ouest de la France trois militaires d'origine maghrébine et quatre personnes de confession juive, dont trois enfants.

Son père, Mohamed Benalel Merah, qui réside en Algérie, a déposé plainte pour "meurtre" contre la hiérarchie de la police française ayant donné l'ordre de l'assaut.