L'ancien PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, entendu comme témoin jeudi au procès en appel de Jérôme Kerviel, a fermement démenti tout complot contre l'ancien trader, qu'il a qualifié de "dissimulateur épouvantable".
L'ancien PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, entendu comme témoin jeudi au procès en appel de Jérôme Kerviel, a fermement démenti tout complot contre l'ancien trader, qu'il a qualifié de "dissimulateur épouvantable". - Francois Guillot afp.com

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L'ancien PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, entendu comme témoin jeudi au procès en appel de Jérôme Kerviel, a fermement démenti tout complot contre l'ancien trader, qu'il a qualifié de "dissimulateur épouvantable".

"Les bras m'en sont tombés quand j'ai vu la théorie du complot", a déclaré Daniel Bouton, 62 ans, qui s'est présenté à la cour comme "consultant indépendant dans le domaine des services financiers".

"C'est n'importe quoi!", a-t-il lâché.

La thèse de la machination, selon laquelle l'affaire Kerviel aurait permis à la Société Générale de masquer ses pertes dans la crise des crédits hypothécaires américains "subprimes" en 2008, est devenue le fil conducteur du procès.

En première instance, Jérôme Kerviel a été condamné à trois ans de prison ferme et 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts pour avoir causé une perte du même montant, après avoir pris sur les marchés financiers des positions spéculatives de plusieurs dizaines de milliards d'euros dissimulées par des opérations fictives.

Plusieurs témoins de la défense sont venus appuyer la thèse du complot ourdie dès 2007 par la banque, qu'ils n'ont toutefois pas démontrée.

Cette théorie "farfelue" n'a aucune "crédibilité", a estimé Daniel Bouton.

"Le monde s'écroule"

Pour lui, avec cette vision de l'affaire, "nous sommes au même niveau que quand on dit que les images des avions qui rentrent dans les tours (du World Trade Center, le 11 septembre 2001) sont des images fausses".

Lorsque la "fraude" de Jérôme Kerviel est découverte, en janvier 2008, "le monde s'écroule", a raconté l'ancien PDG de la banque.

Quand il apparaît que le trader a pris pour 50 milliards d'euros de positions spéculatives, "le ciel nous tombe sur la tête", a-t-il poursuivi. Il s'agissait d'un "risque létal" pour la banque, a-t-il affirmé.

Or, alors qu'il était en voie d'être démasqué, Jérôme Kerviel n'avait toujours rien dit à sa hiérarchie qui cherchait à identifier les anomalies détectées dans ses comptes, a déploré l'ancien PDG.

"On savait alors que Jérôme Kerviel était un dissimulateur épouvantable", on ne pouvait lui faire "aucune confiance".

"Il faut rendre hommage, a-t-il ironisé, au talent de dissimulation de M. Kerviel", qui a réussi à "enfumer" les services de contrôle de la Société Générale, dont la Commission bancaire sanctionnera par ailleurs les carences d'une amende de 4 millions d'euros.

"Calvaire"

Interrogé sur les motivations de Jérôme Kerviel et son système de défense, Daniel Bouton a estimé qu'il s'était "enfoncé dans un système dans lequel il ne peut pas s'avouer à lui-même (avoir) fait cela pour obtenir quelques milliers d'euros supplémentaires" de bonus.

"Il ne peut pas le dire à lui-même, à sa famille (...), à tous ceux qui croient à cette théorie" du complot, a analysé le témoin.

Daniel Bouton, qui a dirigé pendant onze ans la Société Générale, dont il avait contribué à faire l'un des fleurons de la finance mondiale, a quitté la banque fin avril 2009, après une série de scandales liés notamment aux rémunérations de ses dirigeants.

L'audition de deux derniers témoins de moralité a ensuite clôturé trois semaines de débats. La parole a alors été donnée à Jérôme Kerviel, qui s'est dit "blessé" par les propos de Daniel Bouton.

"J'ai été éduqué dans une famille qui a des valeurs, qui m'ont été transmises (...). La valeur principale c'est la valeur travail, à aucun moment on ne m'a transmis la valeur argent", a-t-il affirmé, avant de dire sa foi dans la justice et d'espérer la fin de son "calvaire".

Lundi auront lieu les plaidoiries des parties civiles. Suivront le réquisitoire mercredi et la plaidoirie de la défense jeudi, dernier jour du procès. La décision sera ensuite mise en délibéré.