Nicolas Sarkozy est visé lundi par une première plainte depuis la fin de son immunité présidentielle, six familles de victimes de l'attentat de Karachi lui reprochant d'avoir violé le secret de l'enquête lors de la diffusion d'un communiqué par l'Elysée sur cette affaire.
Nicolas Sarkozy est visé lundi par une première plainte depuis la fin de son immunité présidentielle, six familles de victimes de l'attentat de Karachi lui reprochant d'avoir violé le secret de l'enquête lors de la diffusion d'un communiqué par l'Elysée sur cette affaire. - Lionel Bonaventure afp.com

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Nicolas Sarkozy est visé lundi par une première plainte depuis la fin de son immunité présidentielle, six familles de victimes de l'attentat de Karachi lui reprochant d'avoir violé le secret de l'enquête lors de la diffusion d'un communiqué par l'Elysée sur cette affaire.

L'ex-chef de l'Etat peut être poursuivi depuis vendredi minuit, ayant cessé ses fonctions présidentielles depuis un mois.

Cette plainte, déposée par six familles de victimes de l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi ayant tué 11 salariés de la Direction des constructions navales (DCN), dénonce les termes employés par la présidence de la République dans un communiqué du 22 septembre relatif à l'enquête sur le volet financier de l'affaire Karachi.

La présidence de la République y assurait que "s'agissant de l'affaire dite de Karachi, le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier". "Il n'a jamais été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier", poursuivait le texte de l'Elysée.

"Cela induit nécessairement qu'il a eu connaissance de ces pièces de la procédure et il s'agit d'une violation de nos principes d'autant plus grave qu'à ce moment-là l'ancien chef de l'Etat est garant de l'indépendance de la justice", a déclaré lors d'une conférence de presse l'avocat des familles de victimes, Me Olivier Morice. "Il s'agit de faits extrêmement graves", a-t-il ajouté.

Le communiqué de l'Elysée avait été diffusé peu après les mises en examen successives de deux proches du chef de l'Etat, Thierry Gaubert et Nicolas Bazire.

"Nicolas Sarkozy doit s'expliquer"

Deux juges d'instruction enquêtent sur un éventuel financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 par le biais de rétrocommissions présumées versées dans le cadre de contrats d'armement. Nicolas Sarkozy était porte-parole de la campagne Balladur.

Outre M. Sarkozy, cette plainte avec constitution de partie civile vise également son ancien conseiller presse, Franck Louvrier, et l'ex-ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux. Me Morice a demandé l'audition des trois hommes.

"Nicolas Sarkozy doit s'expliquer", a estimé une des porte-parole des familles de victimes, Sandrine Leclerc, accusant l'ex- chef de l'Etat et son gouvernement d'avoir plusieurs fois entravé l'enquête.

"Si MM. Sarkozy, Hortefeux et Louvrier n'ont rien à voir avec l'affaire dite de Karachi, on peut se poser la question de savoir pourquoi ils ont dépensé tant d'énergie à entraver le travail d'une justice qui se veut indépendante", a-t-elle poursuivi.

Sollicité, l'avocat de M. Sarkozy, Me Thierry Herzog, n'était pas immédiatement joignable.

Une première plainte, visant les conseillers de la présidence de la République et M. Hortefeux, avait été déposée par les familles le 26 septembre 2011 et classée sans suite par le parquet le 21 décembre.

Le procureur de la République, François Molins, avait précisé dans un courrier début janvier à l'avocat des familles qu'"aucune enquête n'a été ordonnée à propos du communiqué de presse du 22 septembre 2011, dès lors que ce communiqué a été publié au nom du président de la République".

L'ouverture d'une enquête aurait violé le principe constitutionnel de l'inviolabilité du président de la République, ajoutait le procureur.

Sur le fond, les familles estiment dans leur nouvelle plainte qu'"à travers le communiqué de la présidence de la République, Nicolas Sarkozy n'est pas mis en cause en sa qualité de président de la République mais du fait des fonctions qui étaient les siennes, en sa qualité de ministre du Budget dirigé par M. Edouard Balladur de 1993 à 1995".

La plainte intègre également les chefs de "violation du secret professionnel, recel et complicité" ainsi qu'"entrave au déroulement des investigations".