Remis en liberté à l'issue du procès de la prise d'otages du Ponant, trois Somaliens ont vécu vendredi à Paris leur premier jour de liberté après quatre ans de détention provisoire, durant lesquels ils n'ont cessé de clamer leur innocence.
Remis en liberté à l'issue du procès de la prise d'otages du Ponant, trois Somaliens ont vécu vendredi à Paris leur premier jour de liberté après quatre ans de détention provisoire, durant lesquels ils n'ont cessé de clamer leur innocence. - Thomas Coex afp.com

© 2012 AFP

Remis en liberté à l'issue du procès de la prise d'otages du Ponant, trois Somaliens ont vécu vendredi à Paris leur premier jour de liberté après quatre ans de détention provisoire, durant lesquels ils n'ont cessé de clamer leur innocence.

Sortis de la prison de la Santé à 3h00 du matin avec leurs effets personnels, un ticket de métro, une carte téléphone et un ticket restaurant, mais sans papiers ni argent, les trois hommes ont été pris en charge par leurs avocats.

Abdurahman Ali Samatar, 28 ans, et Abdulqader Guled Said, 32 ans, ont été acquittés par la cour d'assises de Paris jeudi soir. Abdullahi Youssouf Hersi, 25 ans, a été condamné à quatre ans de prison pour "complicité" dans la prise d'otages du luxueux voilier pendant une semaine en avril 2008 au large de la Somalie.

Tous trois ont dormi à quelques pas de la Santé, chez une Somalienne habitant le 10ème étage d'un immeuble. L'occasion pour eux de prendre l'ascenseur pour la première fois de leur vie.

En sortant à la mi-journée de l'immeuble, ils ont découvert, un peu intimidés mais souriants, quelques caméras de télévision et photographes qui les attendaient.

"C'est bien de prendre l'air après quatre ans", a dit Ali Samatar, qui parle quelques mots de français.

Par le biais d'un interprète, il a expliqué qu'il souhaitait rester en France: "J'ai donné les noms de chefs pirates et je crains pour ma vie si je retourne en Somalie".

Les deux autres voudraient aussi rester. Guled Said, qui a, selon son avocat, souffert en prison du syndrome de Ganser, une "psychose de détention", a un stock de médicaments et veut pouvoir poursuivre son traitement.

"Désorienté"

Quand à Youssouf Hersi, il apprécie la France, qu'il ne connaît qu'à travers les images de télévision, parce que "c'est le pays de la paix". Il était chauffeur en Somalie et souhaite trouver un travail.

"Je suis encore désorienté", a-t-il dit, "malheureux d'avoir été condamné pour un crime qu(il) n'(a) pas commis".

Ils sont retournés à la mi-journée à la prison chercher leur pécule : quelques dizaines d'euros pour deux d'entre eux, plusieurs centaines pour un autre qui avait pu travailler en prison pendant ses deux premières années de détention.

Ensuite, direction un petit hôtel du quartier, pour réserver trois nuits en attendant une solution plus pérenne, par le biais d'associations d'hébergement d'urgence par exemple.

Tous ont passé les premiers coups de fil à leurs familles, et apprécient le simple fait de marcher dans la rue. "C'est calme ici", note Abdullahi Youssouf Hersi malgré le bruit de la circulation. "En Somalie on entend des coups de feu."

Le temps d'un déjeuner à Saint-Michel, ils ont vu la Seine, qu'ils n'avaient fait qu'entrevoir dans le fourgon qui les amenaient au procès ces trois dernières semaines, Notre-Dame et l'extérieur du Palais de Justice, qu'il n'ont pas reconnu.

Plutôt qu'à la tour Eiffel, ils ont voulu en fin de journée aller regarder le match France-Ukraine de l'Euro de football.

Mais mauvaise surprise, l'hôtel a rappelé pour dire qu'il préférait ne pas les prendre. "Si on ne trouve pas, ils iront chez l'un d'entre nous", a dit Me Augustin d'Ollone.

Leurs avocats sont inquiets pour la suite. "Ils n'ont pas de papiers, et sont donc en situation irrégulière s'ils se font contrôler dans la rue", a souligné son confrère, Me Cédric Alépée.

Paradoxalement, un appel du parquet les mettrait en situation régulière car ils pourraient alors montrer leur convocation judiciaire.

S'il n'y a pas d'appel, les deux acquittés devrait mettre "plus d'un an pour obtenir une indemnisation pour leurs quatre années de détention", selon Me d'Ollone.