Les convoyeurs de fond, cibles régulières des braqueurs, reçus mardi Place Beauvau, s'inquiètent de dérives au sein de la profession, pointant du doigt certaines sociétés coupables selon eux de baisser les prix au détriment de la sécurité de leurs salariés.
Les convoyeurs de fond, cibles régulières des braqueurs, reçus mardi Place Beauvau, s'inquiètent de dérives au sein de la profession, pointant du doigt certaines sociétés coupables selon eux de baisser les prix au détriment de la sécurité de leurs salariés. - Thomas Samson afp.com

© 2012 AFP

Les convoyeurs de fond, cibles régulières des braqueurs, reçus mardi Place Beauvau, s'inquiètent de dérives au sein de la profession, pointant du doigt certaines sociétés coupables selon eux de baisser les prix au détriment de la sécurité de leurs salariés.

Depuis l'attaque d'un fourgon blindé de la TAS le 4 juin par trois malfaiteurs à Aubervilliers, où un convoyeur -qui ne portait pas de gilet pare-balles-, a été grièvement blessé, le voile se lève sur des pratiques que la plupart des professionnels du transport de fonds disent combattre depuis longtemps.

"Oui il y a des sociétés qui font n'importe quoi et qui mettent la vie des convoyeurs en danger. Mais cela se sait et il faut un drame pour qu'on s'en inquiète", tempête un convoyeur sous couvert d'anonymat.

Selon certains professionnels, des sociétés parfois qualifiées de "low-cost", se montreraient plus que négligents avec la réglementation pourtant très lourde qui encadre le convoyage de fonds, rognant également sur l'équipement.

Salariés non formés, gilets pare-balles de mauvaise qualité, horaires non respectés, absence de certification... La liste est longue des infractions soupçonnées par les acteurs du secteur.

"Il faut bien que ces sociétés, qui pratiquent des prix dérisoires, trouvent un moyen de rogner ensuite sur quelque chose", explique Franck Lhomme, délégué CGT du transport de fonds. "Les grandes sociétés ne sont pas problématiques et elles représentent 90% du marché. En revanche, les petites le sont plus", admet Alain Bauer, le président du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), mis en place en janvier 2012 et chargé de délivrer les agréments aux sociétés de transport de fonds.

Selon certains, cette pression exercée sur les prix est telle que les grosses structures sont désormais tentées de s'aligner. "On va bientôt devenir moins cher qu'un Chronopost", s'alarme Franck Lhomme qui plaide lui pour l'instauration d'un tarif minimum.

Cette mauvaise réputation d'une partie du secteur semble en tout cas avoir été relevée par les malfrats, qui concentrent leurs attaques sur ces petites entreprises.

"Il n'y a qu'à lister les différentes attaques, et on voit bien que les petites sociétés sont plus visées que les autres", a confié une source policière. "A votre avis, pourquoi ces sociétés sont si régulièrement visées? Parce que les voyous savent qu'il y a peut-être un problème non?", s'interroge un syndicaliste.

Mais selon la plupart des acteurs du secteur, le transport en fourgon constitue la partie émergée de l'iceberg. Le transport d'argent dans les voitures banalisées sont en effet "bien plus problématiques", selon Pascal Quiroga, coordinateur national pour le transport de fonds à la FGTE-CFDT, première organisation dans le secteur.

La loi permet en effet à des sociétés de transporter de l'argent en-dessous de 30.000 euros dans des voitures banalisées, "sans aucun agrément particulier", selon M. Quiroga. "Certaines sociétés de gardiennage notamment se sont engouffrées dans la brèche pour faire du transport de fonds en dehors de toute règle", assure M. Quiroga.

De l'aveu de certains, ces voitures transporteraient parfois des sommes allant jusqu'à 200.000 euros, "voire bien plus", selon un convoyeur.

Et si ces voitures banalisées font l'objet d'attaques, rien ne filtre. "C'est l'omerta la plus totale sur ce sujet", explique M. Quiroga qui regrette, comme d'autres, l'absence de contrôles dans la profession.

Le Cnaps effectue pourtant bien des "contrôles inopinés", mais pas ciblés uniquement sur le transport de fond, selon M. Bauer.