Le président du Festival de Cannes Gilles Jacob, qui accueille chaque soir les stars au sommet des marches avec le délégué général Thierry Frémaux, est arrivé pour la première fois sur la Croisette comme critique, en 1964.
Le président du Festival de Cannes Gilles Jacob, qui accueille chaque soir les stars au sommet des marches avec le délégué général Thierry Frémaux, est arrivé pour la première fois sur la Croisette comme critique, en 1964. - FRANCK FIFE afp.com

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Le président du Festival de Cannes Gilles Jacob, qui accueille chaque soir les stars au sommet des marches avec le délégué général Thierry Frémaux, est arrivé pour la première fois sur la Croisette comme critique, en 1964.

A l'occasion du 65e anniversaire, célébré dimanche 20, celui qui veille aux destinées du "plus grand festival du monde" depuis 34 ans comme délégué général, puis comme président depuis 2001, ouvre la malle aux souvenirs pour l'AFP.

+ La première fois

"Il y avait encore peu de journalistes, on se connaissait tous. Les stars marchaient sur la Croisette au contact du public. C'était une toute petite colonie, très détendue, sans télé. Tout a changé avec le débarquement des télés et surtout avec le nouveau palais, en 1983".

+ Les rites

"La journée d'un artiste en compétition commence par le +photocall+ sur une terrasse au-dessus du port, avec tous les photographes; puis il monte à la conférence de presse (300 journalistes internationaux pendant une heure) avec toute l'équipe du film.

Après ses obligations privées, en fin de journée une limousine vient le chercher à son hôtel et le conduit jusqu'au palais pour la montée des marches.

Moi, chaque soir, je donne un dîner pour l'équipe du lendemain car le Jour J, ils sont trop occupés. Et si le film devait être mal accueilli, ils n'auraient pas envie de venir dîner ni de sortir".

+ Les stars

"Une star vérifie son pouvoir en demandant toujours davantage mais certains caprices sont insolubles: un avion privé, c'est impossible.

Finalement, on a eu peu de cas d'annulation de dernière minute. Jack Nicholson une fois: on n'a jamais su si c'était l'interdiction de fumer à bord du vol régulier ou un match de basket-ball.

Les stars, c'est bon pour tout le monde à Cannes: avec elles en locomotive, on peut se permettre de lancer des réalisateurs plus pointus."

+ Cannes vs Hollywood:

"Les Oscars célèbrent le cinéma Hollywoodien, Cannes c'est la glorification du cinéma mondial: 85 pays produisent des films dans le monde et selon les années, on en retrouve 20 à 30 à Cannes dans les différentes sélections.

On veille à ce que les Français ne soient pas trop représentés pour ne pas être accusés de privilégier notre production nationale".

+ Les femmes:

"Une seule a obtenu la Palme d'Or: la Néo-Zélandaise Jane Campion, en 1993 pour +La Leçon de piano+. Elle était venue la première fois à Cannes en 1986, totalement inconnue, pour trois courts métrages.

J'aurais aimé qu'il y en eût d'autres, Agnès Varda aurait très bien pu, mais ça ne s'est pas fait.

Sinon, Jeanne Moreau a marqué le festival: actrice primée (1960, "Moderato Cantabile), juré, puis présidente du jury, présentatrice de cérémonies d'ouverture et de clôture... elle a tout fait de A a Z, avec charme et intelligence. Elle obtient tout avec son sourire éclatant... je l'ai vue faire".

+ Un mauvais souvenir:

"Le plus dur de l'histoire récente fut l'arrivée dans le nouveau palais en 1983. On n'avait pas eu le temps d'essuyer les plâtres: les lampes des projecteurs se sont mises à claquer les unes après les autres, interrompant les projections. Ca casse l'émotion, les gens étaient furieux. On a pensé tout arrêter. Suspendre le festival risquerait de provoquer sa mort: ça coûte très cher de venir à Cannes pour une maison de production. Mystérieusement, tout est rentré dans l'ordre après quelques jours".

+ Un beau souvenir?

"Tous sont liés à l'accueil d'un film: ainsi "Thérèse" d'Alain Cavalier (1986), un film tellement petit qu'on ne lui avait réservé qu'une seule séance en compétition à 17h00. Résultat: 15 minutes d'ovation - c'est très long! -, les gens debout sur les fauteuils. Je me souviens de l'émotion d'Alain Cavalier et de son actrice (Catherine Mouchet)".

+ Les ingrédients du succès

"La fréquentation populaire, une bonne sélection, un jury qui récompense les bons films - que les cinq ou six films signalés comme les meilleurs par la presse internationale soient au palmarès. Et peut-être le plus important, du beau temps car l'humeur du festival en dépend.

Les films sont souvent durs et les comédies rares. Si en sortant d'un film déprimant il pleut à torrents, la morosité s'installe vite et c'est très dur à remonter.

De même, après une très bonne année, vous avez souvent un retour de bâton et vous le payez plus cher que mérité".