Didier Lavergne : « Il y a plein de choses qui ne collent pas »

Interview d'un ami de Coluche, témoin de sa mort.

©2006 20 minutes

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Interview de Didier Lavergne, ami de Coluche et témoin de sa mort.

Depuis combien de temps connaissiez-vous Coluche au moment de sa mort, en 1986 ?

Je travaillais avec lui depuis une dizaine d'années, comme maquilleur personnel sur ses films et ses spectacles. On était devenu amis et au moment de sa mort, on était ensemble 24 h sur 24.

Vingt ans après sa mort, quelle est votre opinion ?

J'ai toujours eu un doute. Mais comme beaucoup, j'ai accepté l'idée que c'était un accident bête. J'ai commencé à changer d'avis quand j'ai rencontré Jean Depussé il y a deux ans environ. Il avait mené une enquête et il m'a apporté des éléments qui m'ont bousculé. Aujourd'hui, je doute très très fortement d'un accident.

Pour vous, Coluche a été tué ?

Je ne dis pas ça parce que je n'en ai pas la preuve. Je n'accuse personne, je me pose juste des questions parce qu'il y a plein de choses qui ne collent pas.

C'est-à-dire ?

La première qui m'a toujours étonné, c'est l'attitude du chauffeur du camion juste après le choc avec Coluche. Il avait un détachement incroyable pendant les minutes où on a attendu les secours, lui, Ludovic Paris et moi. Il ne s'est pas approché de Coluche une seule fois, il ne nous a pas parlé, il est resté à distance à faire les cent pas devant son camion sans même couper le moteur. Comme s'il ne se sentait pas concerné.

Vous récusez aussi la version qui dit que vous rouliez vite...

C'est faux. Les expertises sur la moto l'ont montré : la vitesse était enclenchée en troisième et au moment du choc, le compte-tours s'est bloqué à 3 500 tours/minute. Donc Coluche roulait entre 60 et 80 km/h. Il n'y a pas eu non plus de traces de freinage. Je le dis depuis vingt ans, on roulait calme, en ligne droite, on a vu le camion, il n'était pas en travers de la route, il était de son côté et, au moment où Michel est arrivé à sa hauteur, il a brusquement tourné à gauche. Une manoeuvre insensée. Mais les journalistes et les juges n'ont pas fait leur travail, ils se sont contentés de la version des gendarmes sans vérifier.

Coluche se sentait-il menacé ?

En 1981, quand il s'était présenté à la présidentielle, il avait reçu une balle par courrier avec un mot « La prochaine est pour toi ». On n'a jamais su d'où ça venait. Mais en 1986, il était heureux, il sortait d'une dure période après son divorce, il préparait un spectacle qui devait s'appeler « Y'en aura pour tout le monde ».

Pouvait-il se représenter à la présidentielle de 1988 ?

Je ne crois pas. Il ne m'en parlait pas en tout cas. Il était plus utile en contestant. La preuve avec les Restos du coeur : les gens ne pouvaient plus bouffer, et lui les a nourris. Aucun politique n'a jamais fait ça ! Il voulait s'occuper aussi du chômage.

En avez-vous parlé avec sa famille ?

Après sa mort, j'ai peu revu sa famille et notre bande de potes a implosé, sous l'effet du choc. Je ne sais pas ce que les siens pensent.

Pourquoi parler vingt ans après ?

J'ai parlé dès le début, mais personne n'a voulu m'entendre. Aujourd'hui, mon seul intérêt, c'est qu'on sache vraiment ce qui s'est passé. Si quelqu'un peut définitivement lever ce doute que beaucoup partagent, ça changerait beaucoup de choses.

Recueilli par Bastien Bonnefous

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