Le docteur Bonnemaison, soupçonné de neuf cas d'euthanasie sur des patients âgés, est désormais mis en examen pour "empoisonnement" de sept patients après que les juges de Bayonne chargés du dossier eurent prononcé mardi trois nouvelles mises en examen.
Le docteur Bonnemaison, soupçonné de neuf cas d'euthanasie sur des patients âgés, est désormais mis en examen pour "empoisonnement" de sept patients après que les juges de Bayonne chargés du dossier eurent prononcé mardi trois nouvelles mises en examen. - Gaizka Iroz afp.com

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Le docteur Bonnemaison, soupçonné de neuf cas d'euthanasie sur des patients âgés, est désormais mis en examen pour "empoisonnement" de sept patients après que les juges de Bayonne chargés du dossier eurent prononcé mardi trois nouvelles mises en examen.

Les quatre premières mises en examen, également pour "empoisonnements sur personnes particulièrement vulnérables", des patients très malades dont il aurait abrégé la vie au service des urgences de l'hôpital de Bayonne, étaient intervenues le 12 août.

Les trois nouvelles mises en examen prononcées mardi font suite à un réquisitoire supplétif pris par le parquet de Bayonne le 5 septembre.

Un autre réquisitoire supplétif, pris le 22 septembre par le parquet, a conduit par ailleurs les juges d'instruction Laurent Tignol et Anne Francavilla à placer le médecin urgentiste sous le statut de témoin assisté pour le huitième cas de décès suspect.

Concernant le neuvième et dernier cas, dénoncé par l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), et qui a fait l'objet le 22 décembre, à l'issue d'une enquête préliminaire, d'un nouveau réquisitoire supplétif du parquet, les juges ne se sont pas encore prononcés, a précisé le parquet.

"Dans ce dossier il faut prendre le temps d'examiner chaque cas", a plaidé son avocat, Me Arnaud Dupin à l'issue de la convocation devant les juges.

"On a l'impression qu'à Bayonne chaque personne décédée à l'hôpital est du fait du Dr Bonnemaison. Ce n'est pas parce qu'il a un genou à terre que l'on doit lui faire porter le poids de toutes les responsabilités", a-t-il commenté.

Sur les marches du palais de justice de Bayonne, le Dr Bonnemaison, apparemment détendu, a dit attendre "que les choses se passent sereinement".

Interdit de pratique de la médecine, le docteur de 51 ans réside à nouveau depuis le 1er janvier dans les Pyrénées-Atlantiques, après un assouplissement de son contrôle judiciaire qui lui interdit néanmoins d'entrer en contact avec des membres de son ancien service à l'hôpital de Bayonne.

"Je suis rassuré et heureux de pouvoir être chez moi, au Pays Basque, même si je souffre de ne pas pouvoir exercer mon métier", a-t-il ajouté.

Le docteur Bonnemaison, qui a reconnu avoir pratiqué des injections létales "pour abréger des souffrances", s'est toujours défendu d'être "un militant de l'euthanasie" et a assuré avoir en permanence "communiqué" avec les familles.

"Pour moi, le patient était indissociable de ses proches. Dans le cadre de la fin de vie, on vit des choses fortes avec les familles. Souvent ça se fait dans un regard, une poignée de mains", avait-il expliqué à la justice début septembre.

Le docteur fait en outre l'objet d'une plainte du bureau du Conseil national de l'Ordre des médecins. L'ordre des médecins des Pyrénées-Atlantiques a en revanche refusé de porter plainte, contre l'avis de son président, Marc Renoux, qui a démissionné.

Dans son rapport d'enquête sur l'établissement hospitalier de Bayonne, l'Igas, qui a étudié les dix-neuf dossiers de patients décédés qui avaient été pris en charge par le médecin urgentiste, a signalé aux autorités judiciaires qu'un dossier "comportait explicitement la mention d'une administration de curare au patient, en dehors des indications habituelles".

Le dernier cas d'euthanasie en France pour lequel la justice s'est prononcée remonte au 15 octobre 2003 avec la condamnation de Christine Malèvre, infirmière à l'hopital de Mantes-la-Jolie (Yvelines), à douze ans de réclusion criminelle pour l'euthanasie de six personnes.