"Néobanditisme", "guerre de territoires", "banalisation de la violence", "tradition locale": Marseille cherche ses mots après une nouvelle série noire en 2011, que les autorités relativisent en défendant leurs actions.
"Néobanditisme", "guerre de territoires", "banalisation de la violence", "tradition locale": Marseille cherche ses mots après une nouvelle série noire en 2011, que les autorités relativisent en défendant leurs actions. - Gerard Julien afp.com

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"Néobanditisme", "guerre de territoires", "banalisation de la violence", "tradition locale": Marseille cherche ses mots après une nouvelle série noire en 2011, que les autorités relativisent en défendant leurs actions.

A la mi-novembre, le nouveau préfet de police Alain Gardère estimait dans Le Point que "Marseille pouvait enfin souffler".

Mais en décembre, des tirs de kalachnikov ont fait plusieurs morts dans l'agglomération et quatre cadavres ont brûlé dans des voitures. Un policier a été tué dans une course-poursuite et les forces de l'ordre ont abattu un braqueur qui leur tirait dessus à la sortie d'un magasin, en plein jour.

Cette série a porté à 11 le nombre de règlements de comptes dans Marseille intra-muros en 2011, pour 31 tentatives, selon des chiffres donnés cette semaine par le procureur de la République Jacques Dallest, lors d'une réunion avec la population dans les quartiers nord.

Pour M. Gardère, ces meurtres sont "l'arbre qui cache la forêt": "sur les homicides et règlements de comptes, la PJ a élucidé 67% des affaires dans les Bouches-du-Rhône et 74% sur Marseille". "Plus de 2.000 personnes sont détenues aux Baumettes, l'établissement pour mineurs est plein, on n'a pas d'état d'âme", renchérit M. Dallest.

Le préfet fait aussi valoir une stabilisation de la délinquance, notamment "celle qui touche les gens": braquages, vols avec violence, cambriolages, vols à la tire ou de voitures... Et l'arrêt des attaques en centres commerciaux, attribué à des patrouilles sur les grands axes. En attendant le résultat des caméras de vidéosurveillance en cours d'installation dans la ville.

"L'image qu'on renvoie est plutôt négative, mais on peut passer toute sa vie à Marseille sans se faire agresser", insiste le procureur, qui relativise par rapport au passé de la ville, citant l'affaire de la tuerie du bar du Téléphone en 1978 (dix morts).

Et les exemples ne manquent pas: après le suicide du parrain Gaëtan Zampa en 1984, 30 exécutions surviennent en 15 mois. Quelques années plus tard, la "guerre des boîtes" aixoises décime une partie du milieu local. En avril 2006, l'élimination du clan Berrhama fait cinq morts en trois jours.

"Dans l'histoire de la grande délinquance - celle des braquages, des trafics en tous genres et des règlements de comptes qu'ils occasionnent - il y a toujours eu des moments froids et des moments chauds. On peut remonter à la French Connection et même avant", commente le sociologue Laurent Mucchielli. D'autres chiffres sont pires: 22 homicides et 16 tentatives ont été commis en Corse en 2011, pour une population trois fois inférieure à celle de Marseille. Quant à la délinquance de proximité, son taux est plus élevé à Cannes qu'à Marseille, selon M. Mucchielli.

Alors, rien de nouveau ni d'exceptionnel ?

"Le phénomène le plus marquant, c'est la hausse de la délinquance des mineurs", nuance M. Gardère, "un phénomène général en France".

Les assassinats n'y échappent pas, dont les victimes peuvent être jeunes et les motifs futiles: le jeune de 20 ans qui en a tué un autre de 17 ans à la cité de la Castellane en décembre, d'une rafale de kalachnikov, aurait expliqué son geste par des brimades antérieures. Des "différends d'ordre privé" selon les autorités, qui ne les classent pas dans les règlements de comptes.

Quant aux meurtres survenus depuis trois ans dans les cités, qu'ils distinguent de ceux du milieu "traditionnel", des policiers les expliquent par une "atomisation" du trafic de stupéfiants et sa conséquence, la "guerre des territoires". Pour y répondre, le préfet multiplie les opérations. Bilan depuis septembre: 273 trafiquants interpellés, saisie de 103 kilos de cannabis, 37 kilos de cocaïne, 459.000 euros, sept kalachnikov, huit fusils à pompe et neuf pistolets automatiques.