Champs d'orges a Pont Saint Matin en Loire Atlantique.
Champs d'orges a Pont Saint Matin en Loire Atlantique. - SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Les agriculteurs français, qui fument moins que d'autres et se dépensent physiquement davantage, meurent moins du cancer mais souffrent plus souvent de certaines tumeurs, que certains attribuent aux pesticides, selon plusieurs études parues récemment. Pays agricole, la France est le premier utilisateur de pesticides en Europe, et, par hectare cultivé, parmi les 4 à 6 pays européens les plus consommateurs. Le plan Ecophyto, qui a fait suite au Grenelle de l'environnement, prévoit de réduire de 50% leur usage en agriculture à l'horizon 2018.

Travail et mode de vie, deux facteurs à distinguer

Des études internationales ont établi le lien entre les pesticides et certains cancers, tels que cancers cérébraux ou cancers du sang (leucémie, lymphome). Mais en France, comme le reconnaît l'étude Agrican, qui suit 180.000 agriculteurs jusqu'en 2017, «les données disponibles sur le risque de cancer professionnel en agriculture sont insuffisantes», notamment pour mesurer les expositions. A ce jour, Agrican, lancée par la mutualité agricole, a établi qu'ils ont une meilleure espérance de vie que la population générale, mourant moins de maladies d'Alzheimer, de Parkinson, d'infarctus... Moins fumeurs, ils meurent moins aussi de cancer (-27% pour les hommes, -19% pour les femmes).

«Ca n’a rien à voir avec leur travail, mais avec leur mode de vie», note Pierre Lebailly, épidémiologiste qui a supervisé l’étude. Et il précise: «on peut avoir moins d'un type de cancer par rapport à la population générale, ca n'empêche pas d'avoir des facteurs de risque professionnels pour ce cancer». Agrican relève un peu plus de décès par mélanome, par cancer du sein chez les hommes, par cancer du sang chez les femmes. En Poitou-Charentes, une étude réalisée par type d'occupation des sols fait apparaître une «sur-mortalité significative» de 19% pour les lymphomes «dans les vignes».

Un lien entre pesticides et cancer difficile à établir?

8,7% des agriculteurs de l'étude Agrican ont déclaré une intoxication à un pesticide, et 5,1% des agricultrices. Près de la moitié de ces intoxications ont entraîné une consultation chez un professionnel de santé. Cette étude ne donne pas à ce stade le nombre de personnes souffrant de cancer, ce qui serait plus significatif et devrait être connu en 2012. Un autre rapport donne quelques pistes. Réalisé par le Réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (RNV3P) et coordonné par l'Anses (agence sanitaire environnement/travail), il établit que certains cancers peuvent effectivement être associés à une exposition aux pesticides. Ainsi, pour un tiers de ceux qui souffrent de cancer et que leur médecin a envoyés en consultation de pathologie professionnelle, soupçonnant une relation travail/cancer, le lien est reconnu comme possible (16,5%), voire probable (11,6%) ou certain (3,1%).

Le chiffre n'est pas représentatif mais il peut servir d'«alerte», note Gérard Lasfargues, directeur général adjoint de l'Anses. Sans préjuger des études en cours, et notamment d'une expertise de l'Inserm, attendue pour l'an prochain, le Dr Lebailly estime qu'il n'y a «quasiment pas de pesticide dont on puisse dire qu'il est associé significativement à tel ou tel cancer». Mais, dit-il, «ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de familles chimiques suspectées».

En mars, des agriculteurs ont créé une association de défense des victimes des pesticides, Phyto-Victimes, dont la vice-présidente est la veuve d'un viticulteur mort des suites d'une leucémie reconnue maladie professionnelle. Jean-Charles Bocquet, directeur général de l'Union des industries de la protection des plantes (UIPP), c'est-à-dire des pesticides, a admis devant la presse que certains cancers et des maladies neurotoxiques comme la maladie de Parkinson étaient «plus fréquents» chez les agriculteurs. Mais, a-t-il assuré, «correctement utilisés, les pesticides ne présentent pas de risques pour la santé».

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