Le "jihad médiatique" au coeur d'un procès à Paris

Se connecter sur les sites jihadistes et les alimenter est-il ...

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Se connecter sur les sites jihadistes et les alimenter est-il passible de prison? C'est la question centrale abordée mercredi au tribunal correctionnel de Paris où quatre hommes et une femme sont jugés pour avoir soutenu une filière jihadiste franco-belge.

"Internet et les sites jihadistes sont la véritable matrice transversale de ce dossier", a prévenu le procureur de la République, Guillaume Portenseigne, en débutant son réquisitoire mercredi matin.

"C'est le premier dossier qui arrive devant le tribunal correctionnel de Paris, où ces sites jihadistes jouent un rôle aussi central et déterminant. Il y en aura bien d'autres", a-t-il auguré.

Pour le représentant du ministère public, ces sites baptisés Minbar SOS ou encore Ribaat s'inscrivent dans le "jihad médiatique", théorisé notamment par le lieutenant de Ben Laden, Ayman al-Zawahiri.

Sur ces sites, on voit des images d'enfants et de femmes tués par la coalition, on apprend comment envoyer de l'argent pour soutenir la cause ou comment rallier les camps d'entraînement militaire.

Selon l'idéologue d'al Qaida, a rappelé M. Portenseigne, "le jihad médiatique" représenterait "plus de la moitié du jihad global". D'ailleurs, al Qaida promet autant le paradis aux cyberjihadistes qu'aux combattants qui guerroient dans les zones de conflit.

Internet est pour al Qaida "le moyen de donner l'illusion d'une emprise globale (...) et d'asseoir une sorte de légitimité mondiale."

Plus qu'"une simple propagande", a alerté le procureur, cette "stratégie médiatique" constitue "une arme de recrutement massive", car elle permet de radicaliser les "esprits faibles" qui, fascinés par la violence des images diffusées, sont poussés au départ vers les zones de combat.

Et pour preuve, a-t-il lancé, "ça a marché" sur Samira Ghamri, l'une des prévenues, qui a reconnu elle-même avoir "passé des nuits entières sur les forums jihadistes", ou encore sur Walid Othmani qui a reconnu que le site l'avait radicalisé et encouragé à rejoindre les zones de combat pakistano-afghanes.

Concernant ces combats, le procureur a balayé les explications du prévenu à l'audience. Walid Othmani aurait été combattre "par altruisme, ou mieux, par souci d'aide humanitaire? Mais si on veut faire de l'aide humanitaire, on entre dans une ONG!", s'est indigné Guillaume Portenseigne, avant de requérir six ans de prison à son encontre. "Car ce sont les musulmans locaux qui sont les premières victimes de ces fous de Dieu."

Le procureur ne s'est pas montré plus tendre à l'égard de Hamadi Aziri, modérateur d'un site de propagande jihadiste. "La responsabilité des administrateurs de ces sites est totale!" a-t-il dénoncé.

Pour l'accusation, "en relayant la propagande mortifère et en participant au recrutement", l'internaute, "homme normal côté face et jihadiste convaincu côté pile" est "au coeur de ce réseau terroriste". Il a requis contre lui quatre ans de prison, dont 3,5 ans avec sursis.

"Soutenir les talibans en Afghanistan, c'est une opinion politique et pas un acte terroriste!" lui a répondu l'avocat de Samira Ghamri, Me Davis Metaxas.

"Est-ce que consulter des sites internet constitue un acte terroriste? Mais à ce jeu-là, on peut envoyer des milliers de types en prison!", s'est encore indigné l'avocat.

Ce qui est dommage, a surtout regretté l'avocat de Youssef el Morabit, Me Yassine Yacouti, "c'est qu'on ne cherche pas à comprendre pourquoi ces jeunes préfèrent aller en Afghanistan plutôt que d'être confronté au destin sordide qui les attend en France."

Fin du procès jeudi.