Dans un courrier adressé le 20 mai au président du groupe, aux ministres de tutelle et aux inspecteurs du travail, le syndicat des médecins de La Poste dénonce l’augmentation des suicides et des maladies chez les employés de la société. Les «agents de distribution» seraient particulièrement confrontés à «des situations d'épuisement physique et psychique», selon le syndicat. 20minutes.fr a interrogé l'un d'entre eux, Emmanuel C, facteur à Paris et délégué CGT.
Partagez vous le constat du syndicat des médecins?
Ecoutez ce rapport ne m’étonne pas du tout. Cela fait plusieurs années que la CGT et d’autres syndicats dénoncent la dégradation des conditions de travail à La Poste.
C'est-à-dire?
A cause du changement de statut dans l’entreprise, les effectifs sont en réduction permanente. Cela entraîne une accélération des cadences de tri, une augmentation des charges à porter et un allongement des tournées. Ce dernier élément nous force à augmenter la durée de nos journées de travail. Or, si l’on réclame nos heures supplémentaires ou que l’on rentre sans avoir fini la distribution du courrier, nous risquons une sanction disciplinaire. Bien sûr, La Poste nie tout ça.
Le quotidien est-il difficile ?
Oui. Les employés de distribution souffrent de douleurs physiques et de troubles psychologiques. Les autres employés comme les guichetiers sont, eux, confrontés à un problème différent. Comme La Poste s’éloigne de sa mission de service public et diversifie son offre, ils sont face à des clients de plus en plus exigeants auxquels il faut vendre tout et n’importe quoi.
La privatisation est-elle en cause?
Elle est la principale responsable. De plus, la direction s’en sert pour entretenir la peur chez ses employés, alors que c’est un groupe en bonne santé, qui dégage des profits.
Avez-vous eu vous-même des accidents du travail?
Oui une fois. Et je souffre actuellement de deux hernies discales.
Est-ce que des pressions sont exercées sur vous?
Les employés sont de plus en plus surveillés, grâce aux objectifs chiffrés d’une part. D’autre part, la direction auditionne désormais les personnes revenant de congé maladie.
La comparaison avec France Télécom est-elle fondée?
Totalement. La Poste est une bombe à retardement qui connaît les mêmes problèmes. Notamment celui du stress des employés. Imaginez: ils sont rentrés dans une entreprise de service public avec un statut de fonctionnaire stable. Maintenant, on peut leur annoncer du jour au lendemain qu’ils ont trois semaines pour décider du lieu de leur mutation parce que le centre ferme. C’était l’un des problèmes cités par les employés de France Télécom.