L'inquiétude, malgré les promesses. Depuis le début de son mandat, Nicolas Sarkozy n'a cessé de rappeler qu'il n'augmenterait pas les impôts. Cet engagement, le chef de l'Etat l'a encore rappelé tout récemment, lors du débat sur la réforme des retraites. Mais les Français n'y croient plus. A l'aube d'une période de rigueur budgétaire, alors que le pays doit économiser 100 milliards d'euros en trois ans seulement, ils sont 73,6% à craindre une hausse des prélèvements. Voilà ce que révèle un sondage exclusif Obea-InfraForces pour 20 Minutes et France Info, qui peint le tableau d'un pays inquiet des conséquences de la crise de l'euro.
Une défiance compréhensible
Car 91% d'entre eux en sont convaincus: la crise actuelle de l'euro aura des conséquences sur la vie quotidienne. Dans tous ses aspects : l'emploi (88%), le montant des retraites (80%), mais aussi l'épargne et le petit capital (73%). « Des chiffres considérables », selon Philippe Tapia, président de l'institut InfraForces. «Les Français souffraient déjà de la crise précédente. Ils pressentent que le problème grec ne sera pas purement boursier, qu'il y aura un vrai impact.» En attendant les répercussions, les Français s'angoissent. Et ils anticipent déjà les réponses politiques. Celles-ci, pour l'instant, restent mesurées. La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a livré les pistes qu'il voulait suivre pour réduire le déficit. Aucune hausse d'impôt n'a été mentionnée. Mais pour Philippe Tapia, ces annonces élyséennes « ne font pas illusion. Les Français sont tout à fait conscients qu'elles ne suffiront pas.» Une défiance compréhensible, au regard d'une croissance défaillante (+ 0,1%), sur laquelle le gouvernement fonde beaucoup d'espoir…
«De l'argent, il y en a»
Une dernière certitude ressort de ce sondage. Si hausse des impôts il y a, alors ce sont les banques (73,7%) et les Français les plus riches (82,1%) qui devront payer en priorité. Une suppression du bouclier fiscal serait applaudie, elle aussi (67,8 %). «La rigueur et les sacrifices doivent s'appliquer à tout le monde : pour les Français, c'est une évidence», note Philippe Tapia, qui voit dans l'ampleur des résultats un message aux politiques: «De l'argent, il y en a. On peut en trouver sans ponctionner les classes moyennes.»
Des classes moyennes qui restent d'ailleurs farouchement opposées à une hausse de la TVA: seuls 10,3% des sondés l'accepteraient. Pour l'analyste, «la France demeure attachée à l'impôt progressif. La TVA est perçue comme l'impôt injuste par excellence.» Au contraire de l'exigence d'équité et de «justice fiscale», que semblent demander les Français.