Apéro Facebook: Qui est responsable?

SECURITE Les autorités s'interrogent sur la manière d’appréhender les apéros Facebook...

M.P.

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Jusqu'à 9.000 personnes ont participé le 12 mai à l'apéro géant à Nantes.

Jusqu'à 9.000 personnes ont participé le 12 mai à l'apéro géant à Nantes. — Reuters

Pour certains, comme Jean-Marc Ayrault, il s’agit d’un nouveau «phénomène de société», pour d’autres comme Jean-François Copé, «les fêtes géantes, ce n’est pas nouveau». Pour tous, les élus locaux en particulier, les apéros Facebook sont un casse-tête.
 
Ces manifestations qui se déroulent dans des espaces publics sont potentiellement à haut risque. Elles regroupent plusieurs milliers de personnes qui se retrouvent pour partager un, voire plusieurs verres.  La nouveauté, en l’occurrence, c’est qu’il n’y a pas d’organisateurs identifié à ce type de fête. Pas de responsable civil, pas d’autorité qui prend en charge les secours ou l’organisation inhérente à tout événement public. Dans la majeure partie des cas, tout part d’un événement «monté» sur le site communautaire par un utilisateur.
 

Pas de cadre légal

En théorie, ce type d’événement doit faire l’ objet d’une déclaration en préfecture, ce qui n’est pas le cas. La préfecture en question peut bien sûr interdire l’événement, mais «l’oukase» pèse peu face à la motivation de milliers de personnes, surtout lorsqu’il est impossible d’engager de dialogue avec des personnes physiques. «Ces apéros posent un réel problème de sécurité publique. Il n'y a pas d'organisateur et les événements peuvent très vite dégénérer», a témoigné vendredi Xavier Idier, sous-préfet de la Savoie, qui a interdit un tel apéro à Chambéry. 

Même inquiétude pour Jean-Paul Makengo, adjoint au maire de Toulouse, qui a demandé à la préfecture d’interdire un apéro Facebook: «Sur le principe, nous ne serions pas contre, mais dans la pratique, ce qui nous inquiète, c'est que ce genre de manifestation peut déboucher sur des comas éthyliques ou des débordements. Or, nous n'avons pas d'interlocuteur, pas d'organisateur, personne qui puisse nous garantir l'encadrement», explique-t-il dans La Dépêche.

Du coup, les autorités se trouvent obligées de gérer la sécurité et le nettoyage de ces moments de convivialité. «Le coût de la remise en état des lieux est aussi un paramètre à prendre en compte. Comme il n'y a pas d'organisateur, c'est au contribuable de payer», explique le sous-préfet de Savoie. La mairie de Montpellier a chiffré par exemple à 60.000 euros le coût du nettoyage de la ville après un apéro Facebook.

Justice et politique en désaccord

Les autorités sont démunies pour déterminer les responsables de ces fêtes géantes. Dans le cas du décès de Nantes, le procureur a établi qu’il n’y aurait pas de poursuites pénales possibles contre les organisateurs de l’apéro. «On est responsable de ce que l'on a personnellement commis. C'est le jeune homme qui a eu une conduite imprudente», a-t-il déclaré. «Il y a une responsabilité sociale et une responsabilité morale, pas de responsabilité pénale. Si on poursuivait le premier garçon qui, il y a quelques mois, a lancé l'idée sur Internet, pourquoi ne poursuivrait-on pas le second qui l'a encouragé ou encore le troisième qui a dit qu'il allait venir avec des amis à lui?», a-t-il fait valoir.

Les politiques semblent, eux, avoir une autre lecture du droit. La responsabilité de la mort du jeune homme à Nantes et des dégâts «peut être attribuée aux organisateurs» qui pourront être identifiés, a assuré Nathalie Kosciusko-Morizet vendredi matin sur Europe 1. «On n'est jamais anonyme, tout le monde doit en être bien conscient, y compris sur Internet», a-t-elle insisté. La secrétaire d’Etat espère un dénouement à la «rave-partie», qui avaient failli être interdites dans les années 90, jusqu’à ce que les organisateurs acceptent «d’entrer dans la logique des problèmes de sécurité». Tous ces problèmes seront évoqués lors de la table ronde organisée la semaine prochaine par Brice Hortefeux, le ministre de l’Intérieur. 


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