Elles savent pertinemment qu'elles n'y apprendront rien. Mais Julie Leclerc et Magali Drouet assisteront, ce mercredi matin à Paris, à la publication du rapport de la mission parlementaire sur l'attentat de Karachi (lire ci-contre). « On ne va pas laisser tomber, explique la première de sa voix douce. Et c'est une occasion de le montrer. » « C'est important de prouver notre détermination », souligne la seconde.

Une occasion de plus

Depuis le 8 mai 2002, les deux jeunes femmes se battent pour découvrir la vérité sur la mort de leurs pères. Claude Drouet, chef d'équipe, et Jean-Yves Leclerc, ouvrier mécanicien monteur, font partie des onze Français qui ont péri dans l'attentat à la voiture piégée de Karachi (Pakistan). Ils travaillaient à la construction de sous-marins vendus par la France. Le contrat Agosta. « Dès le début, on s'est posé beaucoup de questions, raconte Magali Drouet, 35 ans. On nous a dit que c'était Ben Laden. Mais Al-Qaida n'avait jamais visé directement des Français… » Au fil des ans, la piste terroriste s'est peu à peu effacée. Celle du complot politico-financier est apparue. Un complot dans lequel le nom d'Edouard Balladur, ex-Premier ministre, a été cité en décembre par l'avocat des familles de victimes. L'homme politique est soupçonné d'avoir bénéficié de commissions occultes pour le financement de sa campagne présidentielle de 1995. Ce qu'il a toujours démenti.

«Pas imaginable de s'arrêter maintenant»

L'affaire est complexe. Le dossier volumineux. L'été dernier, Magali Drouet a passé ses congés à le compulser. «Mais début juin, je prendrai des vraies vacances, dit-elle le regard perdu. Ce sera juste avant mon audition par le juge d'instruction…» Comme si elle devait se justifier de penser à autre chose que Karachi. C'est vrai: le jour, elle travaille à la DCNS. Dans l'entreprise où son père était engagé, elle contrôle les comptes des gros contrats. Le soir, elle se plonge dans les tomes de procédure qu'elle a ramenés de Paris. «C'est pour pouvoir tourner la page. Je n'aurais rien fait si je ne pensais qu'à ma vie perso…»

Sous ses taches de rousseur, Julie Leclerc, 29 ans, confie à peine que, de son côté, sa vie privée a repris peu à peu le dessus. «On a mûri. On a grandi, souffle-t-elle. J'ai appris à être moins pressée aussi. A ne plus attendre de réponses pour le lendemain.» En face d'elle, Magali sourit. «De toute façon, on n'a pas le choix : ce n'est plus imaginable qu'on s'arrête maintenant.»

Mission

La mission d'information parlementaire sur l'attentat de Karachi est composée de cinq membres de la commission de la Défense de l'Assemblée.

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