Roger Botte: «Abolition ne signifie pas disparition»

Publié le 10 mai 2010.

INTERVIEW - L'anthropologue revient sur les liens entre la France et ses ex-colonies musulmanes...

La France commémore aujourd'hui l'abolition de l'esclavage (lire l'encadré). Roger Botte, anthropologue et historien au CNRS, revient sur la question. Il publie, en septembre, Esclavages et abolitions en terre d'Islam (André Versaille éditeur).

Combien compte-t-on de victimes de l'esclavage et de la traite négrière dans le monde musulman?
Entre 20 et 30 millions d'êtres humains ont été asservis, y compris en Afrique musulmane et entre 11,5 millions et 17 millions ont été déportés par le Sahara, la mer Rouge et l'océan Indien.

L'abolition est généralisée, mais est-elle respectée dans les faits?
Abolition ne signifie pas disparition. De nouvelles formes émergent, comme la domesticité gratuite. Les descendants d'esclaves subissent aussi des discriminations, dans l'éducation notamment.

Les descendants d'esclaves sont donc toujours marqués par leur généalogie?
Même leurs noms les trahissent. Ils n'ont ni les mêmes droits de citoyen, ni les mêmes devoirs religieux. Ainsi, les descendants d'esclaves n'ont pas l'obligation du pèlerinage [à La Mecque] et diriger la prière leur est souvent défendu. D'où certaines mosquées séparées, jusqu'en région parisienne.

Les liens entre anciens maîtres et anciens esclaves existent jusqu'en France?
Un exemple. Dans les années 1970, les immigrés d'origine servile avaient lancé une grève car les descendants des maîtres les forçaient à faire la cuisine et le ménage dans les foyers. Les anciens maîtres ont des moyens de rétorsion au pays pour asservir jusqu'en France.

Propos recueillis par Lucie Soullier
Commémorations

La Journée nationalede commémoration des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions a lieu aujourd'hui. L'occasion de «se souvenir ensemble des millions de victimes» a soulignéle Conseil représentatif des associations noires. Ce derniera demandé au Président d'assister à la cérémonie, estimant que son absence serait «choquante». Samedi soir, 150 personnes ont déjà rendu hommage aux victimes lors d'une marche aux flambeaux à Bordeaux. Dans le courantde la semaine, des historienset militants antiracistes comptent aussi interpeller plusieurs pays européens pour qu'ils reconnaissent l'esclavage comme étant un crime contre l'humanité. Comme l'a fait la France dans une loi de 2001.

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