Un bus transportant des Français visé par un attentat à Karachi, au Pakistan, le 8 mai 2002
Un bus transportant des Français visé par un attentat à Karachi, au Pakistan, le 8 mai 2002 - A. QURESHI / AFP
Un attentat à Karachi lié à des présumées rétrocommissions illégales, Edouard Balladur mouillé? Pour l'instant, l'enquête est surtout nourrie de soupçons et de témoignages mais aucune preuve ne vient étayer formellement la piste de l'affaire d'Etat. Pour ceux qui ont loupé les épisodes précédents, 20minutes.fr fait le point.

Attentat à Karachi: D'abord la piste Al-Qaïda puis pakistanaise

En 2002, un attentat tue 14 personnes à Karachi, au Pakistan, dont onze Français de la Direction des chantiers navals (DCN) qui travaillaient sur la construction de sous-marins vendus à Islamabad. Dans un premier temps et jusque récemment, la piste d'un acte terroriste d'Al-Qaïda est privilégiée par la justice française. Mais le juge antiterroriste Marc Trévidic privilégie désormais l'hypothèse de représailles pakistanaises après que Jacques Chirac a décidé en 1995 l'arrêt du versement de commissions liées au contrat sur la vente de sous-marins au Pakistan.

Quel est le contrat en question?

En 1992, la DCN s'intéresse au Pakistan en raison d'une éventuelle commande de sous-marins. Elle demande à la Sofma, société chargée d'exporter le matériel militaire, d'animer un réseau d'intermédiaires pakistanais en vue d'obtenir le contrat. Mission accomplie: en septembre 1994, la DCN remporte le marché dit Agosta de 5,41 milliards de francs proposé par le Pakistan. La Sofma obtient 6% de commission sur ce contrat (338 millions d'euros), une pratique légale à l'époque. Mais l'entreprise n'est pas la seule à s'occuper des intermédiaires. Deux petits mois avant la signature effective du contrat, Renaud Donnedieu de Vabres, au cabinet du ministre de la Défense d'alors, François Léotard, impose deux nouveaux négociateurs d'origine libanaise et leur société off-shore Mercor Finance, d'après des témoignages de responsables de la DCN devant le juge. Ils toucheront, eux, 4% du marché (216 millions d'euros).

D'après Libération, ces commissions ont servi à arroser de nombreux fonctionnaires, politiques et militaires pakistanais, une manière de les remercier d'avoir attribué le marché à la France.

Et Edouard Balladur dans tout ça?

Premier ministre à l'époque où le contrat est signé, Edouard Balladur est forcément cité dans le dossier. Libération affirme que l'ancien chef de gouvernement aurait bénéficié, pour le financement de sa campagne, de 10 millions de francs en espèces dont l'origine semble douteuse.

Pourquoi ces soupçons?

Parce que
les enquêteurs s'interrogent sur la concomittance du calendrier du versement des commission et celui de la campagne présidentielle française. Les deux négociateurs de Mercor Finance ont été imposés par le gouvernement d'Edouard Balladur et les deux hommes ont demandé le versement de l'intégralité de leur commission dès la signature du contrat fin 1994, alors que la coutume en la matière veut qu'elle soit versée au fur et à mesure de l'accomplissement du contrat. Les deux intermédiaires ont touché 184 millions de francs, assure Libération. Edouard Balladur dément toutes ces accusations, assurant n'avoir jamais demandé «l'octroi de commissions». Il a dû s'en expliquer mercredi matin devant la mission parlementaire chargée de ce dossier.

Pourquoi le nom de Nicolas Sarkozy apparaît-il?

Ministre du Budget d'Edouard Balladur en 1995, l'actuel président de la République était également directeur de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur. Pour l'avocat des familles de victimes de l'attentat de Karachi, Me Olivier Morice, Nicolas Sarkozy était forcément «au coeur de la corruption». Ce scénario est une «fable», a rétorqué le chef de l'Etat.

Et Jacques Chirac?

Elu président de la République en 1995, Jacques Chirac ordonne l'arrêt du versement des commissions. Charles Millon, ministre de la Défense à l'époque, l'a confirmé.  Mais d'après Libération, ce n'est qu'en 2001, un an avant l'attentat de Karachi, que les rétrocommissions vers le Pakistan ont cessé.

Quels sont les derniers rebondissements judiciaires?

En février 2010, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire «pour entrave à la justice et corruption» après la plainte des familles de victimes de l'attentat de Karachi. Les parties civiles estiment avoir «été trompées par l'Etat français». Elles reprochent notamment à la DCN de n'avoir pas communiqué aux enquêteurs antiterroristes un de ses rapports internes évoquant dès la fin 2002 la piste de représailles en raison de l'arrêt des commissions.


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