Mardi matin, un salarié de France Telecom s’est jeté d’un pont surplombant la rocade toulousaine. «Nous n’avons pas de détail sur son état, a réagi un porte-parole du groupe de télécommunications. Ce technicien n’avait pas de problème, à notre connaissance.» Depuis 2008, 46 salariés de France Telecom ont mis fin à leurs jours, selon la direction, les syndicats et l’Observatoire du stress.
Patricia* aurait pu faire partie de ces sinistres statistiques. C’est par respect pour son fils qu’elle ne s’est pas «foutue en l’air». A 55 ans, cette Niçoise n’a plus remis les pieds à son travail depuis juillet dernier. Depuis qu’elle a fait un malaise, en fait. La semaine dernière, France Telecom lui a fait savoir par courrier que ce n’était pas considéré comme un accident du travail. Le psychanalyste mandaté par la même société prétend pourtant le contraire. «Je ne leur pardonnerai jamais. Ils m’ont humiliée pendant des années. Je vais saisir la justice.» Patricia ne serait pas la première. Au début du mois, une information judiciaire contre X pour «harcèlement moral» à France Telecom a été ouverte à Paris à la suite d’un rapport de l’inspection du travail.
Jean-Louis Osvath connaît bien la «collègue» qui a signé ce rapport. C’est avec elle qu’il gère l’association L 611-10 dont le but est de défendre la mission des inspecteurs du travail.
Ce n’est pas facile tous les jours. Chaque inspecteur du travail a pour objectif de réaliser 200 contrôles par an. «Mais l’évaluation des risques psychosociaux - le stress au travail - ne font pas partie de ces fameux objectifs, déplore Jean-Louis Osvath. C’est paradoxal: le gouvernement vient juste de décider de mesures d’urgence dans ce domaine...»
Du télégraphe à l’iPhone en passant par Wanadoo, Patricia n’a jamais saisi l’inspection du travail en 35 ans de boîte. «On me parlait comme à de la merde. Je répondrai de la même manière, se souvient-elle. Je ne pensais pas que j’accumulais du stress avant de craquer.» Aujourd’hui, elle n’aspire plus qu’à partir à la retraite. Mais se demande tout de même dans quel état elle va se retrouver quand elle devra «changer de téléphone portable.»
*Le prénom a été modifié.Suites pénales
Selon le magazine Santé et Travail, les inspecteurs auraient dressé 10.149 procès-verbaux entre 2004 et 2009 liés à santé et à la sécurité au travail. «L’administration est en mesure de connaître les suites pour seulement 36 % des procédures», assure la revue.