Un gendarme sacrifié sur l'autel de police

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Publié le 27 avril 2010.

DEFENSE - Jean-Hughes Matelly a été suspendu pour ne pas s'être tu...

Il a passé le week-end à faire ses cartons. A donner quelques meubles, aussi. Pourtant, Jean-Hughes Matelly n'a aucune envie de déménager de sa caserne d'Amiens (Somme). Radié de la gendarmerie le 25 mars dernier pour avoir «gravement manqué» à son devoir de réserve, ce chef d'escadron demandera, ce mardi après-midi, au Conseil d'Etat de suspendre la sanction.

Deux képis pour un seul gendarme

A 45 ans, dont la moitié passée sous le drapeau de l'armée, ce gaillard droit comme un piquet a encore du mal à réaliser. «Je suis un gendarme atypique, assure-t-il avant de corriger. Pardon, j'étais...» En fait, Jean-Hughes Matelly était un gendarme à deux képis. Le premier noircissait du PV le jour par «vocation». Le second faisait de la recherche en sociologie des institutions pénales pour le compte du CNRS le week-end par «plaisir». Comme d'autres vont à la pêche.

C'est dans ce cadre-là qu'il accepte, un soir sur l'antenne d'Europe 1, de débattre du rattachement de la gendarmerie à la police. Derrière son transistor, la grande muette ne fait pas la distinction entre le gendarme et le chercheur. Conseil de discipline pour avoir «exprimé une désapprobation claire vis-à-vis de la politique conduite par le gouvernement» et sanction suprême: un décret du président de la République le radie des cadres de la gendarmerie. «Je n'arrive pas à comprendre l'enchaînement, lâche-t-il en fixant le fond de sa tasse à café comme s'il espérait y trouver une réponse. Le président de la République ne me connaissait pas personnellement. On a sans doute un peu forcé les choses.»

«Plus chez moi nulle part»

Pourtant, le commandant Matelly affiche des états de service propres. Major de l'école des sous-officiers. De celle des officiers. Capable, toujours sur son «temps libre» de passer deux maîtrises de droit et un doctorat de sciences politiques, il s'exprime avec érudition et une pointe d'accent héraultais. «Et à Montpellier, on dit que j'ai l'accent parisien! Je ne me sens plus chez moi nulle part.» Si le Conseil d'Etat ne l'entend pas, ce sera vraiment le cas.

Vincent vantighem

RÉFÉRÉ SUSPENSION

Jean-Hugues Matelly demandera au Conseil d'Etat de suspendre la sanction en attendant une audience sur le fond du dossier. «J'aimerais reprendre mes fonctions», assure-t-il.

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