Contre-attaque. Liès Hebbadj, ce musulman nantais menacé vendredi par Brice Hortefeux de perdre sa nationalité française pour «polygamie» et «fraude aux allocations sociales», a fait savoir lundi qu'il «réfléchissait» à porter plainte pour diffamation contre le ministre de l'Intérieur. «Ce dossier est a priori simple, car il est vide, a indiqué son avocat Franck Boëzec. Nous contestons de façon véhémente et sereine les déclarations fantaisistes de Brice Hortefeux. On ne peut accuser quelqu'un de polygamie sans avoir un minimum d'éléments à sa disposition.»
Un homme à «double face»
Reste que ce gérant d'une boucherie hallal au sud de Nantes, dont la compagne avait été verbalisée pour avoir conduit voilée de son niqab, espère ne pas en arriver à cette extrémité-là. «On aimerait d'abord que tout ça se calme, que les esprits s'apaisent», souligne Liès Hebbadj. «Si c'est le cas, nous n'aurons pas de raison d'aller sur le terrain judiciaire», ajoute son avocat.
Vendredi, Brice Hortefeux avait affirmé que l'homme «appartiendrait à la mouvance radicale du Tabligh» et qu'il «vivrait en situation de polygamie avec quatre femmes dont il aurait eu douze enfants». Problème: à en croire l'intéressé, il ne s'agit que de «maîtresses». «Si on doit être déchu de sa nationalité française parce qu'on a des maîtresses, alors beaucoup de Français vont l'être, a déclaré hier matin Liès Hebbadj. A ce que je sache, les maîtresses ne sont pas interdites en France ou par l'islam.»
A Rezé (Loire-Atlantique), où l'homme vit, la situation était, semble-t-il, connue de tous. Liès Hebbadj y est aussi le président d'une association qui milite pour la construction d'une mosquée. A la mairie, on avoue d'ailleurs avoir du mal à cerner le personnage. «Je ne peux pas dire que j'ai eu affaire à quelqu'un d'extrémiste, avoue un adjoint. Mais M. Hebbadj a une double face. D'un côté, il est gentil, cordial et affable, mais de l'autre, il a des pratiques religieuses totalement différentes.»
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Une enquête préliminaire a été ouverte lundi par le parquet de Nantes, après le signalement par la préfecture de Loire-Atlantique d'une «suspicion de relations polygames qu'entretiendrait M. Liès Hebbadj» et des «interrogations sur la régularité des aides sociales dont bénéficieraient plusieurs personnes de sexe féminin qui seraient en relation avec M. Hebbadj», a annoncé le procureur de Nantes dans un communiqué.