Les scandales jouent un rôle très important dans le bilan du pontificat de Benoît XVI. Mais, même s’il a sa part de responsabilités parce qu’il fait partie depuis longtemps de la hiérarchie de l’Eglise, les critiques concernent plutôt le fonctionnement très opaque du Vatican.
Mais s’il ne peut être considéré comme le responsable principal dans les affaires de pédophilie, de nombreuses affaires ont entaché son pontificat…
Oui, car elles relèvent de décisions très personnelles, comme celle de réintégrer les évêques intégristes. Le pape n’a pas tenu compte des critiques alors que les intégristes continuaient de s’opposer aux principes de Vatican II. Il n’a pas cherché non plus à avoir des informations précises sur Richard Williamson. En ce qui concerne les propos de Ratisbonne, lui qui n’est pas un spécialiste des autres religions, n’a même pas fait relire son discours. Un spécialiste aurait pu le mettre en garde.
Le pape est-il mal entouré?
Il vit comme dans un bunker. Son secrétaire particulier lui filtre tout et peut faire des choix contestables. Résultat, les informations ne remontent pas jusqu’à lui. Il y a donc un problème d’entourage, mais il faut aussi savoir que Benoît XVI est très solitaire. Jean-Paul II, lui, rencontrait des gens et recevait ainsi des informations fiables en permanence. Il n’est pas possible d’être pape sans savoir.
Peut-on parler aussi d’un problème de communication de l’Eglise?
Les membres de la curie sont complètement fermés sur eux-mêmes. Ils n’ont pas envie de communiquer et ne font pas d’effort de pédagogie. Ils s’adressent à plus d’un milliard de croyants et ne prennent pas en compte leurs différences culturelles. Ils ne font pas non plus attention à la façon dont les croyants des autres religions comprendront le message. Ils estiment que l’Eglise n’est pas là pour communiquer mais pour transmettre une vérité. Jean-Paul II avait fait évoluer cette culture de non-communication mais son successeur est revenu en arrière.
D’autre part, Benoît XVI a écrit des choses très positives sur la justice sociale, mais dont personne n’a parlé parce que l’Eglise ne sait pas les mettre en valeur. Il avait également fait des discours très intéressants pendant son voyage en Afrique, mais tout le monde a retenu ses propos sur le préservatif.
Peut-on attendre de l’Eglise qu'elle réagisse?
L’Eglise est allée tellement loin dans la crise que ça va pousser les cardinaux à réagir. Après la mort de Jean-Paul II, ils ne savaient pas trop où aller, ils ont choisi Joseph Ratzinger en signe de continuité. Les cardinaux voulaient en faire un pape de transition et ils pensaient qu’il allait changer, qu’il allait être moins solitaire, moins conservateur, une fois pape. Mais un homme de 83 ans ne change pas. Après les affaires très négatives qui ont eu lieu, le conclave devrait élire un pape qui sait communiquer, qui sait diriger.
*auteur de «Comment Jésus est devenu Dieu» aux éditions Fayard