La justice se penche sur les propos ambigus de Brice Hortefeux sur les «Auvergnats»

DERAPAGE Le ministre de l'Intérieur avait déclenché une polémique en s'adressant à un jeune militant UMP d'origine maghrébine...

Julien Ménielle

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Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, le 3 novembre 2009 à Versailles.

Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, le 3 novembre 2009 à Versailles. — WITT/SIPA

«Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes.» De qui parlait Brice Hortefeux l'été dernier en s'adressant à Amine, jeune militant d'origine maghrébine? Le ministre et ses collègues de l'UMP avaient avancé des explications plus ou moins fumeuses, expliquant notamment qu'il faisait allusion aux «Auvergnats». Le parquet a lui estimé vendredi que les propos de Brice Hortefeux étaient «outrageants» et «méprisants».

Le parquet n'a cependant requis aucune peine à l'encontre du ministre de l'Intérieur, jugé vendredi par le tribunal correctionnel de Paris. Le procureur François Cordier a en effet émis un doute sur le caractère public de l'échange au cours duquel Brice Hortefeux s'est exprimé ainsi, à l'université d'été de l'UMP. A ses yeux, il n'est pas établi que le ministre avait connaissance qu'il était filmé et enregistré par une caméra de télévision.

Ces propos véhiculent «l'idée qu'ils ne sont pas des Français comme les autres»

Or le ministre de l'Intérieur, absent à l'audience, était cité à comparaîre par le Mrap pour «injure publique et raciale». C'est à ce titre que le mouvement antiraciste a assigné Brice Hortefeux devant la 17e chambre du tribunal correctionnel, qui s'est réuni à 13h30 ce vendredi.

Selon le mouvement, l'émotion n'était pas retombée parmi les Français d'origine immigrée a affirmé vendredi devant le tribunal Mouloud Aounit, président du Mrap. «Ces propos renvoient à cette population l'idée qu'ils ne sont pas des Français comme les autres, des Français à part entière (...) C'est d'une violence inouie, j'ai vu sur le terrain combien ces propos ont pu être blessants», a-t-il expliqué aux juges.

Pour Pierre Mairat, avocat de l'association de lutte contre le racisme, les «propos outrageants, humiliants» de Brice Hortefeux ont été «aggravés par les dénégations dans lesquelles il s'est enferré». L'avocat a critiqué la «faute grave pour un ministre» que constitue une «libération de la parole» et souhaite «une décision de justice qui va mettre des barrières à certaines limites qu'on ne peut franchir».

«On a juste parlé entre amis»

Le ministre avait exprimé ses «regrets» au sujet de cette polémique «injuste», et son interlocuteur avait volé à son secours en diffusant une vidéo dans laquelle il assurait que Brice Hortefeux n’avais pas tenu de «propos injurieux (...) vis à vis des arabes», affirmant même: «On a juste parlé entre amis».

Si le tribunal, qui a mis sa décision en délibéré au 4 juin, est d'avis que les propos poursuivis n'étaient pas publics, il peut requalifier les faits en «injure raciale», une infraction qui relève de la contravention, et non plus du délit.

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