La justice a France Télécom à l'oeil. Le parquet de Paris a ouvert ce jeudi une information judiciaire contre X pour «harcèlement moral». La veille, le parquet avait délivré un réquisitoire introductif en vue d'ouvrir une enquête confiée à un juge d'instruction sur les suicides dans l'entreprise, selon Jean-Paul Teissonnière, avocat du syndicat Sud qui a porté plainte. Mi mars, une information judiciaire pour «homicide involontaire» a déjà été ouverte par le parquet de Besançon.
>> Retrouvez tous nos articles sur France Télécom en cliquant ici
Selon l'avocat, cette information judiciaire devait viser «les chefs de mise en danger de la vie d'autrui et de harcèlement» et être confiée à un juge du pôle de santé publique de Paris. Saisi d'une plainte de Sud-France Télécom depuis la mi-mars, le parquet de Paris s'est par ailleurs fait communiquer officiellement un rapport de l'inspection du travail qui dénonce une «mise en danger d'autrui» et un «harcèlement moral» liés aux méthodes de l'entreprise.
Ce rapport de 82 pages, coordonné par Sylvie Catala et remis le 4 février au parquet de Paris, évoque de possibles infractions pour «mise en danger d'autrui du fait de la mise en oeuvre d'organisations du travail de nature à porter des atteintes graves à la santé des travailleurs», ainsi que des «méthodes de gestion caractérisant le harcèlement moral».
L'inspection du travail pointe notamment «la politique de réorganisation et de management» menée depuis 2006 et souligne que les dirigeants de France Télécom ont été alertés «à maintes reprises (...) des effets produits sur la santé des travailleurs».
Le rapport met en cause les hauts dirigeants, dont l'ancien PDG Didier Lombard. En 2008 et 2009, le nombre de suicides de salariés de France Télécom s'est établi à 35, selon direction et syndicats. Selon l'observatoire du stress et des mobilités forcées, créé par la CFE-CGC et Sud-PTT, 11 salariés se sont suicidés depuis janvier.