«On ne peut pas faire l’économie du personnel qualifié dans les crèches». Pierre Lévy-Soussan, psychiatre et psychanalyste, est intransigeant sur ce point. Les enfants ont besoin d’un environnement stable qui leur permette de se construire des repères. L’encadrement se doit d’être constant. «Il faut une équipe compétente et en adéquation avec les besoins des enfants», poursuit-il.
Le décret contre lequel se battent les professionnels de la petite enfance permet aux établissements de gonfler leur capacité d’accueil. «Les crèches pourront augmenter de 20% le nombre de places», lance Philippe Dupuy, délégué à l’association des Collectifs enfants parents professionnels (ACEPP). Une crèche accueillait 20 enfants, elle pourra désormais en accepter 24.Par ailleurs, le personnel dit «compétent» qui a reçu une formation de trois ans (auxiliaire puéricultrice, éducateurs jeunes enfants) sera réduit au profit des CAP et des BEP.
«S’occuper d’enfants ne signifie pas mettre des jeux à disposition et changer les couches. Ils requièrent des connaissances concrètes», explique Renaud Martin, éducateur jeunes enfants de la crèche parentale Métramomes. Les formations sur trois ans donnent des bases que seule l’expérience ne permet pas d’acquérir. La détection des maladies infantiles ou des symptômes graves après une mauvaise chute, par exemple. «Les premiers à en pâtir seront les enfants», pointe la coordinatrice de l’Acep de Paris, Guylène Girard. Ils ont besoin de stabilité. Et Pierre Lévy-Soussan le confirme: «Il ne faut pas modifier leur équilibre environnemental. Un bébé ne peut pas se satisfaire de quantitatif. Il lui faut de la qualité.»
Les parents aussi s’inquiètent, même s’ils louent la volonté d’en finir avec la pénurie de place. «Que nous soyons inquiets ou pas, nous n’avons pas le choix d’y laisser nos enfants», se lamente une mère d’une crèche parentale de Paris. L’encadrement idéal serait un adulte pour six enfants, dont une personne qualifiée. Guylène Girard déplore cette dégradation des conditions d’accueil des enfants. «Depuis les années 1970, on a observé une très nette amélioration du système avec l’accent sur la formation du personnel et la réflexion sur les activités», décrit-elle. Le souci de rentabilité doit se coupler à la qualité.