Un mois presque jour pour jour après un premier mouvement de grève, les personnels des crèches (qui sont au total 30.0 000) remettent çà. De nombreux établissements resteront fermés ce jeudi. Des manifestations sont prévues dans 35 villes de France à l’appel du collectif «Pas de bébés à la consigne», qui demande par la voix de l’un de ses porte-parole, Christophe Harnois, «le retrait pur et simple du décret Morano».
«Vision comptable, rentabilité, crèches low-cost», avance le collectif. «Optimisation des places libres et réponse à la forte demande des familles», riposte Nadine Morano. Jointe par 20 Minutes, la secrétaire d’Etat à la Famille excluait mercredi tout retrait du décret, actuellement examiné par le Conseil d’Etat, et espérait une publication «dans les meilleurs délais».
La guerre des chiffres est donc lancée. Le collectif signale un taux d’occupation des crèches de 100%. Selon lui, ce taux pourrait atteindre 120% une fois le décret appliqué. «Faux, se défend Nadine Morano. De 67%, ce taux passera à 100%, jamais plus.»
En jeu également, la diminution du nombre des personnels diplômés au profit des moins qualifiés (CAP avec trois ans d’expérience). La secrétaire d’Etat y voit «une complémentarité entre les encadrants, motivée par la nécessité de créer 60.000 emplois supplémentaires». Plus que tout, c’est «la remise en cause du projet éducatif» qui révolte Christophe Harnois. «Le gouvernement n’a plus d’ambition. Sa seule réponse consiste à faire du surnombre, transformer les crèches en consigne. Nous refusons de devenir des gardiens de bébés.»
A la crèche de la Barbotteuse, près de Nice, Chantal Stora partage sa crainte : «Le gouvernement veut satisfaire le besoin de garde des familles», accuse-t-elle. Dans cette petite structure de dix-huit places, la moitié du personnel sera en grève, mais la crèche restera ouverte. Pourtant, la directrice est vent debout contre le décret, et conteste d’ailleurs le chiffre de 200.000 places à créer avancé par Nadine Morano. Selon elle, c’est du côté de la politique parentale et familiale qu’il faut innover.