Pourquoi claque-t-il la porte?
A l’occasion de la Journée de la femme, le 8 mars, le président de la République autorise Najlae Lhimer -une jeune Marocaine expulsée deux semaines plus tôt par les services de Bernard Fragneau- à revenir en France. Un «geste humanitaire» qui fait dégonfler la polémique mais désavoue le préfet inflexible. Il avait en effet assuré qu’il ne changerait pas d’avis et avait soutenu ses services qui avaient délivré l'avis de reconduite aux frontières.
La responsabilité du préfet était-elle vraiment engagée dans ce dossier?
Oui. «Il peut y avoir une délégation de signature (pour l’avis de reconduite aux frontières) mais cela reste la décision du préfet. Dans tous les cas, c’est le préfet qui prend toutes les décisions dans une préfecture», a expliqué à 20minutes.fr le syndicat FO des personnels de préfecture. «Il n’a pas forcément connaissance de tous les dossiers, mais c’est sa responsabilité qui est engagée», a confirmé à 20minutes.fr Frédéric Guillot de la CGT-Police.
Si sa démission n’a pas été demandée, comment peut-on expliquer la décision du préfet?
On peut imaginer que Bernard Fragneau se sent écartelé entre ses obligations et les consignes politiques. «Le préfet se pose comme représentant de l’Etat, il est là pour appliquer la loi, sans prendre en compte la politique, analyse Frédéric Guillot. Mais là, il est déjugé à cause d’une opération politique, une opération de communication. Sa réaction va loin mais on peut comprendre son malaise», estime-t-il.
La politique du gouvernement en matière d’immigration est-elle remise en cause?
D’une certaine façon. «Fixer des objectifs chiffrés alors qu’il y a une sorte de méconnaissance du sujet, ce qui est plus ou moins normal vu qu’on parle d’immigration clandestine, ça parait très compliqué» pour les préfectures, explique Frédéric Guillot. «Quand on doit faire du chiffre, on risque de reconduire des gens qui peuvent légitimement demander de rester».
Une telle réaction était-elle attendue?
Pas dans ces proportions. Mais récemment, la pression s’est renforcée sur les préfets. Ils disposent de pouvoirs renforcés, comme en matière d’immigration, mais dans le même temps, leur lien de subordination au pouvoir s’est accru. En février 2009, le préfet de la Manche avait été révoqué après l’accueil houleux réservé à Nicolas Sarkozy.
Une telle situation s’est-elle déjà produite?
Pas vraiment. Selon Le Monde, en 1981, Philippe de Villiers, alors sous-préfet de Vendôme (Loir-et-Cher), avait demandé à être mis en disponibilité pour ne pas servir sous François Mitterrand, mais n’avait pas demandé à être relevé de ses fonctions.
Que va-t-il se passer à la tête de la préfecture du Centre? Que va-t-il se passer pour Bernard Fragneau?
Selon le Journal du Dimanche, le successeur de Bernard Fragneau pourrait être nommé «dès mercredi», lors du prochain conseil des ministres. De son côté, la préfecture du Centre et du Loiret a refusé de commenter cette affaire à l'image du préfet lui-même, en déplacement jusqu’à... mercredi.