La garde à vue à la française est au coeur du procès qui s'est ouvert ce lundi devant la 17e chambre civile du tribunal de grande instance de Paris entre avocats et policiers, où les premiers reprochent aux seconds des propos «offensants».
Le Conseil de l'Ordre de Paris, qui a déploré des propos «gravement outrageants à l'égard de la profession d'avocat, et notamment à l'égard des 21.000 avocats inscrits au Barreau de Paris», demande un euro symbolique au syndicat Synergie Officiers (deuxième syndicat d'officiers de police), ainsi que la publication du jugement.
«Gardes à vue illégales: campagne publicitaire des avocats!»
Les avocats en ont assez d'être taxés de cupidité par des policiers qui, eux, sont fatigués qu'on vienne leur faire la leçon sur leur manière de gérer les gardes à vue. «Gardes à vue illégales: campagne publicitaire des avocats!»: C'est sous ce titre provocateur que le syndicat Synergie Officiers avait diffusé en novembre dernier un tract où il réaffirmait son opposition à la présence de l'avocat durant la garde à vue.
Les policiers y indiquaient ne pas avoir «de leçons d'intégrité à recevoir de la part de commerciaux dont les compétences en matière pénale sont proportionnelles aux montants des honoraires perçus». Quelques jours plus tard, le secrétaire général adjoint du syndicat policier, Patrice Ribeiro, renchérissait sur RTL, en brocardant «l'offensive marchande des avocats».
«Un avocat qui aura accès dès le début à un dossier dans des affaires de trafic de drogue, des affaires de braquage et qui, par définition, est payé par cet argent-là, rien ne garantit qu'il ne va pas donner aux voyous les noms des victimes ou les noms des témoins», avait-il ajouté.
Ouverture des débats avec Alvaro Gil-Robles
Une sortie qui avait déclenché une bronca chez les avocats, le Conseil de l'Ordre décidant dans la foulée de porter l'affaire en justice. Alors qu'on attend le témoignage mercredi du directeur général de la Police nationale, Frédéric Péchenard, c'est une autre pointure qui a ouvert les débats ce lundi matin en la personne de l'ancien Commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe (1999-2006), Alvaro Gil-Robles.
L'avocat espagnol a décrit les conditions de garde à vue dans son pays, où l'avocat est présent dès la première heure. L'ancien professeur de droit a critiqué la procédure française. En 2005, il avait déjà défrayé la chronique, après avoir fait un rapport extrêmement sévère sur l'état des prisons françaises.
«Surpris par la faiblesse de la présence de l'avocat»
A l'occasion de ce rapport, il s'était également penché sur la garde à vue: «J'étais assez surpris de certains manquements graves dans les commissariats», se souvient-il, «surpris» aussi «par la faiblesse de la présence de l'avocat». Selon lui, il y a des «améliorations» à apporter «pour être plus proche de l'esprit de la Convention européenne des droits de l'Homme».
Le procès doit s'achever mercredi ou jeudi et la décision être mise en délibéré.