Pourquoi ces propos sont-ils choquants?
1-Parce que le journaliste franchit la ligne rouge. Ses propos deviennent «choquants quand il ajoute à la fin "c’est un fait", a expliqué à 20minutes.fr François Jost, professeur à la Sorbonne Nouvelle, spécialiste des médias et directeur de la revue «Télévision» (CNRS éditions). Les journalistes savent que les faits et les commentaires sont deux choses différentes. Pourtant, ce qu’il dit relève d’un sentiment et non pas d’un fait, puisqu’on ne peut pas prouver ses propos», les statistiques ethniques étant interdites en France. «Donc il y a un problème dans ses propos».
2-Est on entré dans une ère politiquement correcte?
Disons que l’opinion est plus sensible à ce type de dérapages. «Il aurait pu tenir ces propos il y a 20-30 ans, par exemple dans «Droit de réponse» -une émission de débats polémiques des années 80-. Mais là le contexte est différent, on est dans l’après 2002», année au Jean-Marie Le Pen avait participé au second tour de la présidentielle, estime François Jost. Et avec la remontée récente du Front national dans les urnes, «il y a une sensibilité plus grande encore du public» contre lui.
3-Y a t-il une dérive de la part des journalistes-polémistes?
En tout cas, ils débordent du rôle auxquels ils étaient cantonnés. «Nous sommes à l’époque des «snipers», ceux qui viennent s’affronter dans une joute verbale qui fait le sel de l’émission. Au départ, ces «snipers» venaient porter la contradiction. Mais maintenant, ils sont devenus les stars des ces émissions et se placent dans une contradiction: critiquer les autres et se poser en maître à penser», analyse François Jost.
4-Zemmour peut-il être poursuivi en justice?
Oui. D’ailleurs la Licra envisage une action en justice. Va-t-il être condamné? Plus dur à dire. «C’est toute la difficulté de la liberté d’expression», principe gravé dans le marbre de la déclaration des droits de l’Homme, a expliqué à 20minutes.fr Benoît Derieux, avocat du cabinet Lombard, Baratelli et associés. «On peut imaginer qu’il soit poursuivi pour provocation à la haine raciale ou pour diffamation en raison de l’origine ethnique, mais cela reste à l’appréciation du juge», estime-t-il.
5-Que risque-t-il?
Pour la diffamation, peut-être pas grand-chose. «Je pense que la diffamation raciale ne tiendrait pas, car le débat -nauséabond-devrait prouver que l’idée avancée est fausse» alors qu’elle est basée sur des «préjugés et non des statistiques», a analysé pour 20minutes.fr l’avocat Emmanuel Pierrat, spécialiste du droit de la presse. «En revanche, l’incitation à la haine raciale tiendrait» puisque les propos stigmatisent une population et qu’on tente d’exciter les esprits. S’il est reconnu coupable, Eric Zemmour risque «un an de prison et une amende.» Mais, s’il y a peu de chances qu’il parte en prison, sa qualité de journaliste, «habitué à choisir ses mots», pourrait peser dans le calcul des dommages et intérêts.
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