Quinze ans. Céline Lesage, 38 ans, a été condamnée ce jeudi par la cour d'assises de la Manche à 15 ans de réclusion criminelle, pour avoir tué six de ses nouveau-nés entre 2000 et 2007 à Valognes, dans la Manche. La cour d'assises, au jury quasiment à parité hommes-femmes, n'a pas assorti cette condamnation d'une peine de sûreté mais d'un suivi socio-judiciaire d'une durée de 10 ans, avec une peine de cinq ans supplémentaires en cas de non-respect. A l'énoncé du verdict, Céline Lesage est restée figée.
En début d'après-midi, l'avocat général avait requis 16 ans de réclusion criminelle, assortie d'une peine de sûreté de 8 ans. Le magistrat Eric Bouillard avait estimé que cette période de détention devait être «un moment d'isolement social suffisant» pour que l'accusée puisse «regarder en face sa réalité», au terme d'une heure et demie de réquisitoire. Il a également demandé un suivi socio-judiciaire de 10 ans, avec une peine de cinq ans supplémentaires en cas de non-respect.
L'accusée a mis la cour «au défi de savoir» en répétant constamment «je sais pas, je peux pas», a-t-il estimé. «Par votre verdict, vous allez inverser les choses, vous allez surtout la condamner à ne plus fuir sa réalité», a-t-il ajouté en parlant aux jurés. A l'énoncé des réquisitions, l'accusée, visage pâle, était restée quasi impassible. Comparaissant pour «meurtres aggravés», elle encourait la perpétuité.
L'avocat de l'association Enfance et partage, également partie civile, s'est montré plus sévère: «Madame Lesage a tué ses bébés comme on tue une portée de chatons».
«Vous avez commis des actes monstrueux, mais vous n'êtes pas un monstre. Vous faites partie de la communautés des hommes, vous vous en êtes éloignée, mais nous souhaitons tous ici que vous rejoigniez cette communauté. Céline Lesage, vous n'êtes pas seule», lui a-t-il cependant lancé en concluant sa plaidoirie.
Tout au long du procès, qui a duré quatre jours, cette petite brune menue aux cheveux perpétuellement tirés en arrière et aux épaules rentrées, a échoué à «comprendre et se faire comprendre», comme elle avait dit l'espérer le premier jour. «Ce que j'ai commis, ce que j'ai fait, j'en ai conscience. J'ai conscience que j'ai tué mes bébés, les enfants que j'ai eus avec mes deux compagnons, mais c'est trop dur (...) Je voudrais comprendre, mais j'y arrive pas», a-t-elle répété à l'audience jeudi matin.