C'est aujourd'hui un homme «serein», mais dont la détermination est restée inébranlable. Après vingt-huit ans d'une inlassable traque, André Bamberski a atteint «le but ultime» d'un combat qui était quasiment perdu d'avance. L'assassin présumé de sa fille attend en prison son procès pour meurtre.
En 1982, Kalinka, 14 ans, meurt dans des circonstances mystérieuses au domicile de son beau-père, le médecin allemand Dieter Krombach. Depuis l'arrestation de ce dernier, le 18 octobre, «j'ai le coeur léger», raconte André Bamberski, qui témoigne dans un livre* qui vient de paraître. «Krombach a aujourd'hui 74 ans. Ma pire crainte c'était qu'il disparaisse sans être jugé.»
Malgré un procès par contumace en 1995, obtenu, déjà, grâce à l'obstination d'André Bamberski, Dieter Krombach, condamné à quinze ans de réclusion, n'a jamais été inquiété. Une impunité qu'André Bamberski ne supporte pas. Le père de Kalinka se lance alors dans une traque à laquelle il «sacrifie presque tout. Ma carrière, ma famille. Le code de procédure pénal est devenu mon livre de chevet. J'allais une à deux fois par an en Autriche, vérifier que Krombach était bien là.» Malgré tout, les autorités françaises lui opposent que le fugitif est introuvable. Et sans André Bamberski, il coulerait sans aucun doute encore des jours paisibles en Autriche.
C'est pieds et poings liés que les policiers français ont interpellé Dieter Krombach, à Mulhouse. Quelques heures plus tard, Bamberski, puis le ravisseur, un père de famille kosovar sans histoires, sont arrêtés. Mis en examen pour complicité d'enlèvement, André Bamberski pourrait payer «son» procès au prix fort: «J'assume, et quand Krombach aura été jugé, je pourrai tourner la page.» Même si pour cela il doit aller en prison.
* Pour que justice te soit rendue, d'André Bamberski (Ed. Michel Lafon, 17,95 euros).