C’est Céline Lesage qui a tué, mais son geste s’explique peut-être par le comportement de son ancien compagnon, Pascal Catherine, avec qui elle a eu un fils et cinq autres bébés, qu'elle a tués entre 2000 et 2006. C’est en tout cas ce qui se dégage des témoignages des parents de la mère infanticide et de plusieurs experts, au deuxième jour du procès devant la cour d'assises de la Manche.
A la barre ce mardi après-midi, le père de l'accusée a affirmé avec beaucoup d'émotion et parfois des sanglots dans la voix: «Céline était humiliée, brimée par son compagnon», ajoutant qu’il n’est «pas sûr» que Pascal Catherine voulait un enfant. «J'ai été troublé qu'il n'ait pas assisté à l'accouchement (de son fils en 1996), qu'il ait mis un certain temps à se rendre à la maternité, qu'il n'ait pas reconnu tout de suite l'enfant», dit cet homme perçu comme «souvent absent» par sa fille durant son enfance.
«Elle devait être très malheureuse», a-t-il estimé, à l'évocation des faits reprochés à sa fille. «Elle était prise dans un engrenage, ne pouvait plus aller en arrière, elle était au bout du rouleau». Son épouse, avant lui, avait également parlé d'«engrenage», et décrit un homme peu aimant avec sa compagne: «On avait pu voir qu'il n'était pas très gentil avec elle, verbalement.»
La mère a également insisté sur le fait que Pascal Catherine ne s'était «pas du tout investi dans la grossesse de (leur) fille». C'est donc elle qui a accompagné Céline à la maternité au terme de sa première grossesse en 1996, qui a assisté à l'accouchement, qui a coupé le cordon ombilical.
«Rabaissement psychologique volontaire»
Un expert psychologue, Loïc Villerbu, interrogé lundi soir, avait fait état de «violences psychologiques», de «rabaissement psychologique volontaire» exercés par Pascal Catherine à l'égard de l'accusée. Selon cet expert, Pascal Catherine est «typique» des pères qu'il a jusque-là étudiés dans le cadre d'affaires d'infanticide, c'est-à-dire «un père qui ne s'intéresse pas à la naissance».
Céline Lesage, à l'invitation du président de la cour Hervé Locu lui demandant des précisions sur son accouchement en 1996, a indiqué mardi: «J'ai prévenu Pascal que j'avais des contractions, mais que ça allait aller et qu'il pouvait partir au travail. J'avais la crainte que ce soit lui qui m'amène à la maternité, parce qu'il m'avait dit qu'il ne voulait pas assister à l'accouchement et qu'il ne resterait pas».
Plus tôt dans la matinée, un expert psychologue, Jean-Luc Viaux, avait estimé que, dans cette affaire, «le père est complètement étranger à cette histoire, (...) comme si (le) désir secret (de Céline Lesage) était d'être enceinte mais de ne partager ces grossesses avec personne».