- AFP / FRED DUFOUR

-La sécurité, entrave à la dignité humaine

Le rapport de Jean-Marie Delarue évoque largement l’aspect sécuritaire des nouvelles prisons construites en France. «On a multiplié le béton, les grilles de séparation dans la prison», au point «qu'entre le tiers et le quart des détenus se rendant à un rendez-vous médical ou une activité (socio-culturelle, travail ...) n'arrivent jamais à destination. Ils sont obligés de rebrousser chemin car l'heure de leur rendez-vous est passée.»

Pour le contrôleur général, « on a tout sacrifié à la sécurité dans ces prisons et on a oublié le reste», notamment «les nécessaires relations humaines qui doivent exister». Il estime qu’il faut revoir «très sérieusement la conception» des futurs établissements qui ne devraient pas accueillir plus de 200 détenus».

-De la vidéosurveillance, mais sans matons?

D’emblée, le rapport interroge: «Que veut-on faire de la vidéosurveillance?». Selon lui, «l’emploi de la vidéosurveillance peut contribuer à la rationalisation de l’emploi des fonctionnaires mais ne doit pas pallier un manque de personnel.» Cependant, quelques prisons visitées tendent vers ce constat.

«Le risque est fort de voir alors certaines zones vides de toute surveillance humaine. La surveillance peut s'exercer au travers des écrans et le contact humain, indispensable dans les lieux de privation de liberté, s'amenuiser. Le centre de rétention administrative de Toulouse-Cornebarieu, muni de cent trois caméras, en est un exemple. Les images arrivent dans un local dédié et la présence des policiers dans la zone de rétention est faible.»

-L’oisiveté, point noir des prisons

Pour le travail, les anciennes prisons posent des contraintes techniques. Au centre de détention de Riom, les contrôleurs notent: «L’accessibilité des fournitures est problématique dans l’établissement puis ensuite dans les étages. La modestie du lieu de stockage (une cinquantaine de m2) ajoute aux contraintes et oblige à des travaux en flux tendu. Il en résulte un blocage fréquent de la chaîne de travail et la répétition du chômage technique, qui ne bénéficie pas des régimes d’indemnisation et de protection existant en milieu libre.»

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Pour les activités socio-culturelles, «la concertation avec les détenus sur le choix des activités est quasi-inexistante. Chaque établissement pénitentiaire visité propose un panel d’activités d’insertion ou ludique, plus ou moins large et varié», rapporte le contrôleur.

-Les recommandations sont-elles appliquées?

Le contrôleur explique que les recommandations sont plutôt entendues par les chefs de prisons. Il liste en vrac des réponses d’établissement à ses rapports: «Des couvertures ont été commandées», «la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 a été immédiatement affichée» ou encore «il a été rappelé par note interne, dès le lendemain de la visite, que les personnes en dégrisement devaient être alimentées et hydratées»… Les chefs d’établissements utilisent même les recommandations du contrôleur pour appuyer leurs demandes de travaux auprès de leurs autorités de tutelle.

En revanche, le rapport constate «qu’au fil des réponses des ministres, un certain nombre de préconisations ou recommandations du contrôleur général ne rencontrent pas d’accueil favorable de la part des autorités». Le ministre de l’Intérieur justifie ainsi que «le retrait du soutien-gorge des femmes lors de leur placement en garde à vue demeurait justifié au regard de son usage potentiel pour attenter à la vie, et que l’achat de matériel informatique demeurait conditionné par l’autorisation du chef d’établissement.»
 
Un contrôleur menacé de disparition?

L’Observatoire international des prisons salue une nouvelle fois ce rapport. «La sécurité à tout bout de champ est souvent inadaptée et parfois contre productive. Elle ne peut pas être appliquée en opposition à la dignité des détenus», analyse pour 20minutes.fr Stéphanie Djian, déléguée nationale adjointe de l’OIP.

Le contrôleur des prisons apporte «un nouveau regard, une prise de conscience» sur les prisons avec des observations «actuelles, critiques, mais sans concession». Mais, selon Stéphanie Djian, «l’administration pénitentiaire, habituée à avoir une attitude fermée, n’a pas encore accepté le fait qu’il puisse exister un contrôle extérieur public et indépendant. D’où l’importance de ce nouvel interlocuteur pour les détenus et le personnel pénitentiaire».

L’OIP affirme rester vigilant quant au devenir du contrôleur des prisons, qui «pourrait être menacé de disparition avec le projet de loi sur le défenseur des droits.»

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