La direction de Total a confirmé ce lundi, à l'issue d'une réunion du Comité central d'entreprise (CCE), la fin de ses activités de raffinage à Dunkerque selon les syndicats qui manifestaient devant le siège du groupe à la Défense. Toutefois, la direction de Total a annoncé dans le même temps qu'elle maintenait l'emploi des 370 salariés de la raffinerie des Flandres, grâce à la création d'un dépôt, d'un centre de formation et d'un centre technique et de reclassements.
Le dépôt logistique emploierait 15 personnes, les centres de formation et d'assistance technique au raffinage environ 225. Les salariés se verront proposer 80 postes dans d'autres raffineries, 30 postes dans d'autres structures de Total en France et 20 salariés pourront bénéficier de «fins de carrières anticipées», a indiqué un porte-parole du groupe pétrolier.
Environ 300 salariés, dont une majorité de la raffinerie de Dunkerque, se sont réunis lundi au pied de la tour Total à La Défense. «Nous espérons toujours quelque chose de concret, même si en même temps on attend plus grand chose des dirigeants», a déclaré Vincent Weisbecker, employé sur le site de Dunkerque.
L'annonce de la fermeture de la raffinerie a été à l'origine fin février d'une grève nationale d'une semaine qui a fait planer la menace d'une pénurie de carburants et a poussé le gouvernement à intervenir dans le dossier. Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi a alors averti que la raffinerie de Dunkerque devrait rouvrir s'il n'y avait pas «un vrai projet de substitution» permettant un maintien de l'emploi.
Le groupe pétrolier avait promis à chaque salarié de l'établissement des Flandres «un emploi chez Total correspondant à ses compétences» et pour ses autres raffineries françaises «ni fermeture, ni cession» dans les cinq ans.
Outre la décision de l'arrêt du raffinage à Dunkerque, un accord conclu ce lundi prévoit «la réservation par Total d'une capacité de regazéification dans le projet de terminal méthanier de Dunkerque» et «une prise de participation de Total au capital» de la société. Ce projet «mobiliserait jusqu'à 1.200 personnes pendant la construction» et pourrait générer «au moins une cinquantaine d'emplois directs, auxquels devraient s'ajouter quelques 150 emplois indirects» en phase d'exploitation.
«C'est une annonce pour l'opinion publique», a jugé Philippe Wullens, délégué Sud (majoritaire) à Total Dunkerque, joint peu avant le début d'un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire du groupe Total à La Défense (Hauts-de-Seine), consacré à l'avenir de la raffinerie des Flandres.
«Ce ne seront pas des emplois Total. Le terminal n'est pas prévu pour les salariés Total puisque le groupe ne participera qu'à hauteur de 10% (dans l'investissement). Sans compter que le terminal sera construit, physiquement, en dehors de la raffinerie. Tout cela n'a rien à voir» avec l'avenir de la raffinerie, a déclaré le responsable, qui estime qu'il «y a de grandes chances» que la grève reprenne sur tous les sites de raffinage français du groupe pétrolier dès mardi.
Une opinion partagée par la CGT de Total qui a jugé ce lundi que l'installation d'un terminal méthanier à Dunkerque ne pouvait remplacer la raffinerie des Flandres, menaçant d'une réaction «très forte» si le groupe pétrolier se contentait de cette annonce. «Nous allons mettre la France à feu et à sang», a déclaré Charles Foulard, coordinateur CGT pour le groupe.
Pour sa part, le ministre de l'Industrie Christian Estrosi a indiqué ce lundi qu'il serait «très attentif à ce que cette première réponse soit complétée à travers un projet précis et daté d'implantation de nouvelles activités permettant le maintien de l'emploi et du site industriel de Dunkerque».
La décision concernant la construction effective du terminal sera prise avant l'été et il pourrait être mis en service en 2014, selon le communiqué. Elle «reste conditionnée à l'obtention de toutes les autorisations administratives ainsi qu'à l'aboutissement des démarches commerciales et des appels d'offres de construction».