IMMIGRATION - Les profs et le personnel de la fac ont répondu en nombre à un appel à la désobéissance civique...
C’est une action inédite dans le milieu universitaire, plutôt réputé individualiste. Quelque 330 enseignants et personnels de
l’université de Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, ont récemment signé un appel à la désobéissance civique, afin d’héberger si besoin deux étudiantes comoriennes en situation irrégulière.
«Nous (…) prenons nos responsabilités, en hébergeant ces étudiantes, et acceptons les risques d’une action illégale mais légitime», peut-on lire sur l’appel.
Un véritable ras-le-bol dans les universités
Sitti et Liouize, âgées de 22 et 24 ans et étudiantes en géographie, avaient été interpellées le 25 janvier à la sortie de la fac, avant d’être remises en liberté pour vice de procédure.
Mais une fois revenues à l’université, elles ont affirmé avoir vu des agents de la police aux frontières en civil dans les couloirs de l’établissement, ce que dément la préfecture, raconte le journal l'Humanité.
Jean Ortiz, maître de conférence en espagnol à l’université de Pau et secrétaire du Snesup est à l’origine de l’appel. Et explique les raisons de cet engouement à 20minutes.fr. «Il y a un véritable ras-le-bol avec la loi Pécresse. Les enseignants et les personnels sont découragés. C’est le chaos dans les universités. Et toute cette colère s’est cristallisée sur cette affaire. Même des gens de sensibilité de droite ont signé l’appel.» Ce syndicaliste s’attendait à «une vingtaine de signatures» et s’étonne encore de l’engouement venu de ce milieu «où personne ne veut militer d’ordinaire». L'an passé,
des profs d'écoles primaires avaient fait acte de désobéissance civique en refusant de mettre en place des heures de soutien hebdomadaires imposées par Xavier Darcos, alors ministre de l'Education nationale.
Une initiative qui peut faire tache d’huile?
Depuis quinze jours, les deux étudiantes vivent donc cachées par des «désobéisseurs». «C’est le préfet qui les obligent à vivre cachées, c’est injuste», souligne Jean Ortiz. De là à savoir si cette «nouvelle forme de résistance» pourrait se répandre à d’autres facultés, il n’est pas si sûr. «Nous n’avons pas fait cela pour devenir un modèle. Pau est une petite université, où tout le monde connaît les deux étudiantes.»
Cyril, membre de Réseau universités sans frontière à Pau, estime, lui, que cette initiative peut faire tache d’huile «surtout si les sans papiers se font connaître». En effet, la situation des deux Comoriennes était connue de nombreux professeurs depuis l’été dernier et elles étaient «très appréciée de tous», témoigne ce militant.
C.B.