Comme un boomerang. Le bon coup médiatico-politique était censé semer le trouble à gauche. C'est en fait la droite qu'il divise. Si la nomination de Michel Charasse au Conseil constitutionnel, ami et soutien du Président en 2007, exclu du Parti socialiste, est relativement bien acceptée, la promotion de Didier Migaud à la présidence de la Cour des comptes fait clairement sortir de leurs gonds de nombreux députés. Pour le villepiniste François Goulard, député-maire de Vannes, « la dérive a été de nommer une personnalité exclusivement politique à la tête d'une telle juridiction ». A la différence de ses prédécesseurs, tels que Pierre Joxe ou Philippe Séguin, Didier Migaud n'est pas haut magistrat, ce qui rend sa nomination contestable pour certains UMP.
« Exaspérant » pour Lionnel Luca, député de la majorité dans les Alpes-Maritimes, « car cette obsession de l'ouverture laisse croire à l'opinion que chaque poste à responsabilité est réservé à une personne de gauche ». Ce jeu dangereux, à moins de vingt jours des régionales, contribue à jeter le trouble chez les électeurs du parti présidentiel, qui pourraient en effet préférer l'original à la copie.
Ce que résume ainsi Lionnel Luca : « Votez pour nous, on nommera ceux d'en face. » « Nous nous apprêtons à faire le plus mauvais score jamais vu à droite. Il y a les Jeux olympiques de Vancouver. Nous, nous allons faire les JO à l'envers ! », ajoute-t-il.
Plus mesuré, le député François Goulard admet que « de telles audaces passent mieux dans d'autres circonstances [hors période électorale] ».
« Auparavant, note Stéphane Rozès, président de la société de conseil Cap, l'ouverture était perçue comme un outil au service d'une stratégie. Aujourd'hui, elle est la preuve de la difficulté à fixer un cap. De là découlent les déboires du Président avec sa propre majorité, qui n'arrive pas à repérer la cohérence de sa politique. » Pour autant, l'impact sur les électeurs devrait être minime. Mais attention, prévient le politologue : « Tout cela pèse vers la poursuite de l'abstention, pénalisant la majorité. » W