Thérèse Rabatel: «Cette loi sera une référence, enfin!»

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Publié le 25 février 2010.

INTERVIEW - Adjointe à la ville de Lyon en charge de l'égalité femmes-hommes (gauche alternative), elle est engagée dans la lutte contre les violences conjugales et familiales et commente le projet de loi étudié à l'Assemblée ce jeudi...

Que pensez-vous du projet de loi en débat à l’Assemblée nationale?
C’est une très bonne évolution de la France. Cette loi sera une référence. Et j’ai envie de dire, enfin! Chaque année, la France dépense 2,5 milliards d’euros pour la prévention et la prise en charge de ces violences. Des femmes se détruisent, se sous-estiment voire se suicident pour cela. C’est bien de le reconnaître.
 
Certaines mesures, comme la répression de violences psychologiques, seront-elles difficiles à appliquer?
Oui, c’est sûr. Il faudra des témoins, comme dans les affaires de sexisme ou de racisme. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il ne faut pas faire. Nous avons vu qu’en 2005, l’Espagne avait pris de fortes mesures pour lutter contre ce problème et que la violence avait diminué depuis. Là-bas, les femmes sont prises en charge de A à Z juridiquement. A mon sens, en France, il devrait aussi y avoir une unification de la juridiction. Mais beaucoup de magistrats sont contre la création d’un tribunal d’exception, comme il en existe un pour les enfants.
 
Y’a-t-il des oublis dans cette loi?
Mon grand regret, c’est qu’il n’y ait pas de création d’un observatoire des violences conjugales. Il y a une sous-estimation totale du phénomène. Il y a des enquêtes chaque année depuis l’an 2000, mais il n’y a aucune analyse sur le suivi, l’accueil, sur la prise en charge des enfants. Selon l’institut de victimologie de Paris, un tiers des jeunes qui se suicident ont été témoins de violences entre leurs parents. Et 70% des problèmes de violences conjugales débutent lorsque les femmes sont enceintes, car l’homme devient jaloux de l’arrivée d’un bébé. Tout ceci est important à prendre en compte dans la détection.
 
Les places pour accueillir les femmes battues sont souvent limitées. La loi va-t-elle permettre une amélioration à ce sujet?
Mais ce n’est pas à la femme de changer de logement! D’où l’intérêt du bracelet électronique pour les maris violents. Les victimes seront davantage protégées.
Propos recueillis par C.B.
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