Début janvier, Martine Aubry sentait un «frétillement» au PS. Aujourd'hui, le parti est en ébullition. La Première secrétaire, qui semblait avoir réussi à apaiser les courants, notamment en faisant revenir les «éléphants» comme Fabius au sein de la direction en octobre, est aux prises avec le cas Frêche.
Coupables de «s'être mis en dehors du parti».
Le Bureau national - l'exécutif du parti - devrait entériner ce mardi soir l'exclusion des 59 socialistes candidats sur la liste du président sortant de Languedoc-Roussillon, parmi lesquels les cinq patrons de fédération et le président du conseil général du Gard. Tous sont coupables de «s'être mis en dehors du parti» en se présentant face à la candidate officielle du PS, la maire de Montpellier, Hélène Mandroux, investie le mois dernier après les propos de Georges Frêche sur la «tronche pas très catholique» de Laurent Fabius.
Au sein du PS, la méthode choisie ne fait pas l'unanimité. Laurent Fabius «répugne à traiter cette question en termes disciplinaires», tandis que le député Bruno Le Roux, un proche de François Hollande, appelle ses camarades à ne pas «se lancer dans une série d'exclusions» au risque de «sombrer dans le ridicule».
Et puis il y a ceux qui ont décidé de défier le leadership de Martine Aubry, en soutenant Georges Frêche, qui loin d'apaiser le débat souffle sur les braises dans un livre à paraître jeudi. Gérard Collomb, le maire de Lyon, se rend aujourd'hui à Montpellier pour assister à la présentation du programme économique du candidat Frêche. Le sénateur-maire de Dijon, François Rebsamen, doit s'afficher aux côtés du président de Languedoc-Roussillon mi-mars. Des soutiens qui contribuent à propager la crise. Quatre parlementaires de l'agglomération lyonnaise ont officiellement pris position, hier, en faveur d'Hélène Mandroux.
La présidentielle 2012 dans le viseur?
Pour autant, les tensions entre responsables locaux et direction nationale sont presque une tradition au PS: «La liberté de parole est inscrite dans les gènes du PS, note Thierry Barboni, du Centre de recherches politiques de la Sorbonne. Et cette autonomie des fédérations s'est accrue pour une raison simple : les socialistes sont au pouvoir localement. Les intérêts des barons locaux ne correspondent pas forcément à ceux de la direction nationale.» «C'est une fronde des barons locaux qui n'en reviennent pas que Solférino reprenne un peu du poil de la bête», souligne également l'eurodéputé Harlem Désir sur LCI.
La première secrétaire pourrait pourtant, au final, profiter de «l'affaire Frêche» au moment de la course à la présidentielle de 2012: «Dans l'opinion, la position de Martine Aubry a été plutôt bien comprise, comme une décision courageuse. Cela restera comme un acte fort, avec un impact positif pour elle», estime Thierry Barboni.