Le maire de Roubaix porte plainte contre Quick pour «discrimination»

POLEMIQUE L'édile a déjà saisi la Halde alors que la polémique ne finit pas d'enfler...

Avec agence

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Fleuron belge de la restauration rapide, le groupe Quick risque de passer sous pavillon français après l'annonce mercredi du lancement d'une offre publique d'achat de la part de la filiale de capital-investissement de la Caisse des dépôts et consignations.

Fleuron belge de la restauration rapide, le groupe Quick risque de passer sous pavillon français après l'annonce mercredi du lancement d'une offre publique d'achat de la part de la filiale de capital-investissement de la Caisse des dépôts et consignations. — John Thys AFP/Archives

La dinde fumée de Quick ne passe vraiment pas. La mairie de Roubaix a déposé une plainte pour «discrimination» contre la chaîne de restauration rapide qui a remplacé dans certains de ses restaurants - dont un situé dans la ville voisine de Lille - le bacon par de la viande fumée dans le cadre d'une expérimentation visant la communauté musulmane.
 
«Je souhaite que Quick sorte par le haut de cette affaire. Je ne fais de procès d'intention à personne mais souhaite faire respecter une offre commerciale non discriminatoire. Je mets en avant une position de droit en disant oui à une offre halal mais non exclusive, a expliqué le maire de Roubaix René Vandierendonck à la Voix du Nord. Je ne céderai pas d'un pouce et explorerai toutes les voies juridiques avec un avocat».

 

«Les musulmans roubaisiens n'apprécient pas d'être stigmatisés»

 
Toujours selon le quotidien, René Vandierendonck a déjà saisi la Halde (Haute Autorité de lutte contres les discriminations). Il a également informé la Caisse des dépôts, principal actionnaire de Quick, et envisage un arrêté municipal.

 

«Les musulmans roubaisiens n'ont pas fait pression sur Quick pour avoir cette exclusivité et n'apprécient pas d'être stigmatisés. Même la grande mosquée de Paris ne demande pas cela !», juge-t-il encore.

Une pratique expérimentale

Depuis cet automne, à Argenteuil, Marseille et Roubaix notamment, certains restaurants Quick ne servent plus, à titre expérimental, que des hamburgers halal halal ou à la dinde fumée au lieu du bacon.

Objectif: «valider l'intérêt commercial et la faisabilité technique» d'une offre halal, alors que le marché de l'alimentation halal en France est évalué à près de 4 milliards d'euros. «Suivre les évolutions du marché, chercher à y répondre et faire des tests en conséquence font partie du mode normal de fonctionnement» d'une entreprise commerciale, selon le groupe.

La polémique enfle

D'autres voix se sont élevées ce jeudi, en plus de celles de Jacques Myard et Lionnel Luca. Marine Le Pen accuse « l'État de lever l'impôt islamique». Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, «n'apprécie pas tout ce qui peut s'apparenter à du communautarisme», alors que Richard Mallié, député des Bouches-du-Rhône, «s'associe totalement au maire de Roubaix dans ce combat républicain».
 
«Il existe suffisamment de boucheries et de magasin halal et de rayons spécialisés dans les grandes surfaces pour ne pas imposer l'absence de choix dans ces points de vente», estime-t-il.

Le député UMP du Rhône Philippe Meunier a lui dénoncé le menu halal servi au repas du Nouvel An de la mairie de Saint-Priest, près de Lyon. «Avec cette nouvelle affaire, nous dépassons maintenant toutes les bornes en obligeant les non-musulmans à consommer de la viande halal», a-t-il écrit dans un communiqué.

Une polémique d'«une importance voisine de zéro»

Seul le député UMP du Nord, Christian Vanneste, a jugé que cette polémique avait une «importance voisine de zéro». «L'existence de magasins proposant des produits liés aux interdits religieux n'est pas nouvelle. Il y a des boucheries halal et des épiceries casher depuis fort longtemps, sans qu'on en fasse une montagne», a-t-il estimé.

Pour le mouvement patronal Ethic, qui prône une valorisation humaine de l'entreprise, «ce choix halal résulte (...) de la rencontre entre l’offre et la demande et d’un choix marketing. Que ce choix réponde à (...) une tradition culturelle ou religieuse, relève de la liberté d’entreprendre».

«Beaucoup de tapage pour une question purement commerciale»

Le président du CFCM (Conseil français du culte musulman) Mohammed Moussaoui a estimé qu'il fallait «rester raisonnable». «Des restaurants qui ne servent que du halal ou que du casher, ça existe depuis toujours», a-t-il dit.

Pour Fouad Alaoui, président de l'Union des organisations islamiques de France, un produit halal est une «viande qui provient d'un animal égorgé, qui n'est pas mélangée avec des produits illicites en islam (alcool et porc)». «Rien n'empêchait Quick de proposer du halal à côté de ses produits habituels(...). C'est leur affaire mais c'est beaucoup de tapage pour une question purement commerciale».

La mairie de Marseille consulte ses Quick

Dans ce sens, la mairie de Marseille s'est entretenue avec la direction des deux Quick exclusivement halal et l'a incitée à proposer simultanément des produits halal et non halal.

Le patron des députés UMP Jean-François Copé a également jugé «un peu excessive» la polémique halal. «Il y a en France des restaurants (...) qui servent des produits exclusivement dédiés à une communauté», a-t-il déclaré au Figaro-Le Talk-Orange. Et d'ajouter: «Bien sûr je préférerais que dans les Quick concernés on puisse ne pas avoir que de la viande halal».


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