EDUCATION NATIONALE - «Ça me semble prématuré», explique Luc Chatel...
Le baiser de la Lune déchaîne les foules. Ce court-métrage d'animation, réalisé par Sébastien Watel, devait être diffusé dans les classes de CM1 et CM2 et servir d‚outil pédagogique pour sensibiliser les élèves contre l'homophobie.
Mais l'histoire d'amour entre un poisson-chat et un poisson-lune ne fera finalement pas méditer les enfants. Du moins pas à l'école. Le ministre de l'Education Luc Chatel a rendu son verdict: ce film n'a «pas vocation à être diffusé en primaire». «Je dis oui à la lutte contre l'homophobie, oui à la lutte contre les discriminations, oui à la sensibilisation de nos lycéens et de nos collégiens, mais je pense que traiter ces sujets en primaire, ça me semble prématuré», a-t-il précisé.
«Préoccupations d'adultes»
Le film a provoqué une vive polémique, et les prises de position se sont multipliées. La présidente du parti chrétien-démocrate Christine Boutin a demandé dans une lettre ouverte à Luc Chatel d'interdire la diffusion de ce film dans les écoles «au nom du respect de la neutralité de l'Education nationale». Dans une interview accordée à France info mercredi 3 février, elle estime que les enfants entre 9 à 11 ans sont «d'abord sous la responsabilité de leurs parents», et qu'il s'agit par ailleurs de «préoccupations d'adultes».
Outre l'âge des enfants, il semble que le thème de l'homosexualité en tant que tel investisse le débat. Le Collectif pour l'enfant, une association de «défense de la famille» qui milite contre l'homoparentalité, dénonce une «intrusion dans l'intimité de jeunes enfants», tandis qu'une pétition visant à censurer le film a été lancée par l'hebdomadaire «Les 4 vérités».
«Forme gentillette»
A côté des opposants, certaines organisations soutiennent activement l'initiative. Plusieurs collectivités de gauche mettent en avant les vertus pédagogiques que présente le film, notamment la prévention des comportements homophobes. Marie-Anne Chapdelaine, l'adjointe au maire de Rennes, «ne comprend pas», car le film aborde la question sous «une forme gentillette», dit-elle sur Europe 1.
Le film enthousiasme également la FCPE, la principale fédération de parents d'élèves. Sa secrétaire générale Christine Allain, qui s'exprimait sur France info, estime que parler de sexualité à l'école n'est pas prématuré. «Des tas de livres existent déjà dans les écoles primaires comme maternelles, qui parlent de façon plus ou moins détournée de la sexualité », souligne-t-elle. Comme si cette réalité était mise en doute, elle rappelle que les comportements homosexuels existent dans la société, et qu'ils n'ont rien de répréhensibles.
Beaucoup d'associations demandent par ailleurs au ministre de revoir sa décision, à l'instar du Collectif éducation, de SOS-Homophobie et d'Inter-LGBT, ce dernier ayant qualifié de «regrettable» le discours de Luc Chatel qui «s'aligne ainsi sur celui tenu par des mouvements de droite ultraconservateurs».
M. L.