Paris a donné son accord pour une inscription du Thunnus thynnus, dit « thon rouge », sur la liste des poissons interdits au commerce. La décision pourrait être prise lors de la prochaine réunion de la Convention des Nations unies sur le commerce des espèces menacées (Cetis) qui se tient le mois prochain. La France dispose en effet de vingt-neuf voix, autant que l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie, également favorables à l'interdiction.
Si un sursis de dix-huit mois a également été annoncé hier, le temps de trouver une solution pour les pêcheurs artisanaux (180 bateaux pour 10 % des prises), les thoniers industriels accusent le coup, malgré la promesse de subventions. « On va vers une grosse crise », a prévenu le patron du Syndicat des thoniers méditerranéens, Morad Kahoul, qui réclame une réunion d'urgence avec le président de la République.
Les associations ne sont guère plus convaincues. « On nous dit en substance "Sauvons l'espèce mais pas tout de suite" », regrette François Chartier de Greenpeace. Malgré « la bonne volonté initiale du gouvernement français, l'interdiction pourrait bien de toute façon être vouée à l'échec », analyse le président de l'association Robin des bois Jacky Bonnemains, chaque pays ayant le droit d'exprimer « une réserve », c'est-à-dire de refuser d'appliquer l'interdiction. Ce que pourrait bien décider de faire le Japon, premier consommateur de thon rouge au monde (80 % de la production). Le pire scénario pour les autorités françaises : rien n'empêcherait en effet les thoniers japonais de venir pêcher en Méditerranée ou dans l'Atlantique, à condition de rester en haute mer, les bateaux français étant, eux, obligés de rester à quai. W